Qui a peur de la liberté ?

Devant les drames découlant des crises successives que nous traversons, suite aux pénibles dégradations de notre bien-être à tous, et à la perte de confiance inévitable vis-à-vis des systèmes qui n’ont pu nous les éviter, la tentation est forte de désigner un coupable, un bouc émissaire.

J’entends ainsi de doctes avis, je lis aussi de puissantes réflexions qui ne peuvent s’empêcher de désigner le libéralisme à l’opprobre public. Et ils le qualifient d’« ultra » comme l’oncologue qualifie de « maligne » la tumeur qu’il a découverte. Puisque l’origine des premières métastases a été trouvée dans de vicieux crédits bancaires, ils ne peuvent être que la conséquence de la trop grande liberté des marchés et puisque l’extension de la crise s’est faite à travers les marchés financiers pour ébranler les Etats eux-mêmes en dénonçant l’obésité de leurs dettes souveraines, il ne pouvait y avoir d’autre fautif : haro sur le libéralisme, l’ultra libéralisme ! Ce pelé, ce galeux d’où nous vient tout le mal.

Vous avez déjà compris que je ne partage pas du tout ces jugements qui me semblent tout simplement aveuglés par d’indécrottables séquelles idéologiques.

Je pense que la vérité est tout juste le contraire et que ces crises en cascades sont la conséquence d’un manque dramatique de responsabilité des intervenants et donc de libéralisme bien compris et de liberté véritable pour tous.

Reprenons les débuts du cataclysme et le fameux pot au rose des « subprimes ». Ici les choses sont très simples : jamais un seul de ces crédits pourris n’aurait dû être accordé. Il se fait que le crédit hypothécaire fut mon premier métier et je vous jure qu’à l’époque (pourtant pas si lointaine ! ) je n’aurais tout simplement réussi à faire passer aucun de ces crédits devant le comité de notre bonne « Caisse hypothécaire anversoise ». Les capacités de remboursement des emprunteurs étaient le premier critère qu’une bonne déontologie nous imposait.

En poussant les sociétés de crédit à accorder des prêts à tous ces citoyens qui n’en avaient pas les moyens, les autorités américaines, pour des raisons électoralistes, ont tout simplement faussé le marché. Et un marché faussé, c’est juste le contraire de ce qu’exige le libéralisme. Si ces crédits « titrisés », c’est-à-dire transformés en valeurs virtuelles, ont pu être « fourgués » à des organismes européens, ce n’est pas non plus dans un marché transparent mais dans des opérations où les espoirs de profits factices et les considérations politiques ont, là aussi, faussé le marché. Et un marché faussé, répétons-le, c’est juste le contraire de ce qu’exige le libéralisme.

La première origine de l’ensemble des secousses financières que nous avons subies depuis lors, est donc un complet défaut de bonne et saine transparence des marchés, c’est-à-dire à un complet défaut de libéralisme.

Dans ce contexte il est facile de comprendre que le second chapitre de la crise, celui qui est le plus inquiétant pour nos dirigeants, celui des « dettes souveraines », est encore bien moins imputable au libéralisme. Si nos Etats se sont permis des endettements démentiels, c’est précisément après que les progrès enivrants des années soixante aient permis au socialisme de mettre à la mode de fumeuses théories parfaitement irresponsables qui préconisent l’endettement pour assurer l’avenir.  Nous payons aujourd’hui encore cet aveuglement idéologique et le mensonge social qu’il commet chaque jour (lisez les programmes et les promesses des candidats de gauche aux élections françaises et vous aurez autant de versions 2012 de cette arnaque démagogique dans laquelle se laissent prendre encore et toujours un trop grand nombre de citoyens). Qui oserait prétendre qu’il n’y a pas là une volonté politique affirmée d’intervenir sur le marché ? Que ce n’est pas un défaut de responsabilité, et donc de liberté véritable, qui est à l’origine des dettes souveraines ? Un véritable libéralisme, c’est-à-dire un système transparent qui permet de par sa structure de mettre les responsabilités en évidence, aurait valu à nos économies de faire celle de ces dettes incommensurables. Hélas, elles sont une conséquence directe de la démagogie des politiques de gauche et de la faiblesse coupable de tous les autres qui ont préféré éviter la responsabilité de les dénoncer. Il nous reste à en payer le prix qui limite drastiquement aujourd’hui les moyens d’une liberté à laquelle plus d’une génération devra se contenter de rêver.

Mais revenons un instant si vous voulez bien sur cette expression d’« ultra libéralisme » qui contient une condamnation évidente et sans appel. Comme toujours, la guerre pour le pouvoir socio-politique passe par les mots, et celui-ci en est un des plus pervers. En effet, il contient implicitement une mise en garde qui dit : « attention, le libéralisme est la porte ouverte sur une jungle où règne la loi du plus fort, celle de l’ultra libéralisme ».

Or il est facile de comprendre que là où il y a « jungle » il n’y a plus de marché serein et transparent, tous les coups sont permis, la liberté des intervenants est réduite à leur habileté à les éviter, et le libéralisme a disparu. L’ « ultra libéralisme », en ce sens, est une impossibilité, une « contradictio in terminis ». Mais cette expression permet à tous les démagogues d’exploiter nos fibres judéo-chrétiennes culpabilisées par l’appât des biens matériels, mais pour lesquelles aussi la liberté de l’autre est un risque de le voir s’emparer des miens.

Ce qui me chagrine le plus c’est d’entendre certains catholiques abonder dans cette crainte. Or je crois que le fondement de la liberté personnelle est dans le don que nous en a fait Dieu et que sans le Christ, sans « la brebis perdue », sans « l’ouvrier de la dernière heure », sans « l’enfant prodigue », sans le « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ni la liberté véritable, ni a fortiori le libéralisme, n’auraient vu le jour.

« N’ayez pas peur » n’était-elle d’ailleurs pas l’expression favorite d’un tout grand pape qu’ont honni et honnissent encore à travers son œuvre et celle de son magistral successeur, tous ceux qui se réclament du progressisme ?

Pascal de Roubaix.

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7 commentaires à propos de “Qui a peur de la liberté ?”

  • Irina de Pahlen

    Votre grand pape a tout de même embrassé le coran http://docteurangelique.forumactif.com/t9059-le-signe-de-jean-paul-ii-embrassant-le-coran. Par ce geste il a renié publiquement le Christ. En effet, embrasser un livre qui nie la nature divine du Christ ce n’est respecter le Christ et Son Message mais cela confirme les musulmans dans leur errance, donc aussi leur manquer de respect. Et ce pape apostasique a été béatifié par le pape actuel. Qu’en dites-vous?
    Tout à fait d’accord avec vous en ce qui concerne le libéralisme.

    • Pascal

      Allons, allons, le Christ lui-même n’a-t-il pas fait scandale plus souvent qu’à son tours, n’a-t-il pas accueilli la femme adultère et tous ceux que les brave gens de son époque considéraient comme infréquentables ? Et puis, marquer publiquement son respect pour un document que des millions d’hommes vénèrent au-dessus de tout, c’est, à mon humble avis, à la fois du bon sens et de la politesse. Il n’y a aucune raison pour dire que ça implique une quelconque acceptation de l’entièreté de son contenu ni des excès que certains hommes commettent en son nom.

  • TOM

    Un des questions sur notre endettement généralisé est le role de la banque centrale; il semble que la décision opérée en 1973 par la France de ne plus autoriser l’état à emprunter à taux quasi nul à sa banque centrale et de se voir obliger d’aller sur les marchés ait provoqué une charge énorme sur les finances publiques; l’europe a copié ce principe et se retrouve aujourd’hui avec une dette dont 80% représente la part des intérêts quelque part indus… L’idée serait de se défaire de cette dette soumise à intérêts par une reprise en main de la banque centrale qui reprendrait sa place. (à condition qu’un contrôle sévère de cette institution puisse être garanti au niveau d’un parlement démocratiquement élu …)

  • Alec de Selliers

    Cher Pascal,

    Nous sommes entré dans la phase du déclin cahotique que prévoyait le rapport du club de Rome en 1972.
    L’épuisement des ressources pétrolières amène une hausse important du prix des combustiblse fossiles.
    La valeur du travail s’effondre relativement au coût de l’énergie fossile.
    Au lieu d’augmenter la part du travail et réduire celle du capital et des combustibles fossiles, nos dirigeants ingorant invoquent la déesse croissance qui va tout résoudre.
    Mais cette croissance n’est qu’une fiction humaine qui attribue à l’objet produit par une machine une valeur disproprotionnée par rapport aux ressources non renouveables absorbées dans leur fabrication.
    Nous sommes donc embarqué dans une spirale infernale de décisions ineptes basées sur une mauvais compréhension de ce qui se passe.
    Bref l’effondrement d’un système basé sur une exploitation croissante de ressources non renouvelable et une concentration de richesse colossale entre les amins des détenteurs de pétrole, gaz naturel et charbon.
    Amitié
    Alec

  • Christine Fontainas

    Notre liberté s’arrête là ou elle dérange celle de l’autre …

    Les “libéralités” du socialisme ont pourri notre société

    Pour moi comme vous dites, le “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” en tout bien tout honneur avec le respect que l’on se doit respectivement, est bien le début de la vraie liberté.

    Et si certains qui s’installent ici, piochant sans vergogne dans notre Code Civil ce qui leur convient et en rejetant ce qui les dérange, pour vivre chez nous mieux que chez eux et sans considération aucune envers ceux qui les accueillent, l’on ne peut plus dire que nous vivons, nous, dans un pays libre. Je m’explique, si certains s’instaurent tel un état dans l’État avec pour règle la charia (par ex.). Il nous faut alors par exemple rétablir la peine de mort en ce qui les concerne. Nous sommes un pays laïc, quintessence de LA liberté de choix, de la LIBERTÉ tout court, conquise au prix d’un âpre apprentissage du respect de l’autre, de combien d’humiliations ? Il ne faudrait pas que l’on nous désapprenne le sens de l’honneur qui évidemment procède de l’étique dans la pratique de la liberté.

  • Fernand S

    Condamner toute approche Keynésienne de l’économie me semble assez radical. Keynes préconisait l’endettement pour assurer l’avenir. Cette théorie d’avant guerre a imprégné toute la période d’après guerre. Il me semble que suivre Pascal de Roubaix amène à considérer que l’expansion économique des années 50 et 60 reposaient sur des bases pourries. Cela correspond-t-il vraiment à la visée de Pascal de Roubaix ?

    Voici comment j’explique le concept d’ultra libéralisme. Le communisme ne semble plus crédible comme modèle économique. Reste donc le libéralisme. Mais celui-ci amène aussi quelques désagréments. Dès lors, que faire ? Impossible de revenir au communisme discrédité. Reste donc à inventer une expression pour condamner le modèle actuel en laissant la porte ouverte vers autre chose. Mais, il vaudrait mieux que cet autre chose ne devienne pas le communisme déguisé.

    Plus fondamentalement, nous n’acceptons pas que des événements pénibles viennent perturber nos routines. Mais, le modèle qui nous mettra a l’abri de toute surprise n’existera jamais et il nous restera à faire fasse aux crises qui se présentent.

    • Pascal

      Il est évident que la dette contractée pour l’investissement est acceptable dans la mesure où elle ne dépasse pas les capacités de remboursements raisonnables. Le problème est venu de ce que cette limite évidente n’a pas été respectée par des irresponsables.

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