Archive pour la catégorie ‘EDITORIAUX’

Face au masque libéral de l’affairisme, complice d’un socialisme obèse, nous devons retrouver la liberté responsable.

Mercredi 12 juin 2013

Je pense faire partie de ceux qu’on peut appeler sans trop solliciter les mots : les «conservateurs». Et j’en suis heureux.

Dans un monde qui a cédé à toutes les tentations matérialistes et ne respecte donc plus les valeurs essentielles, je crois qu’il est primordial, pour le bien commun et surtout celui de nos enfants, d’oser agir à contre-courant. Il est impératif aujourd’hui, non plus seulement de défendre les valeurs universelles, mais tout bonnement de les restaurer, de les remettre à la place, première, qui est la leur.

Aujourd’hui il est de bon ton d’être « progressiste ». Vis-à-vis du politique, vis-à-vis des médias et des milieux qui soufflent l’air du temps, il faut une certaine abnégation pour se dire conservateur. Je pense que ce n’est pourtant que sagesse. Comme tout homme sensé, j’aspire résolument au progrès de l’humanité, mais je sais que ce progrès ne pourra se construire que sur un socle de valeurs intemporelles et universelles qui sont premières par rapport à nos raisons, nos ambitions et nos  appétits humains.   Si notre société occidentale ne progresse plus, si elle a plus que tendance à régresser dans tous les domaines, à l’exception peut-être du confort matériel de certains, c’est précisément qu’elle a oublié de conserver, de conserver précieusement, de conserver l’essentiel.

L’essentiel ?  Mais de quoi parlons-nous ?

Pour construire notre société humaine, ce qui est essentiel est très simple : c’est la qualité du lien social. C’est très exactement cette qualité qui a été négligée trop longtemps dans un Occident moralement fragilisé par des guerres monstrueuses, et matériellement trop gâté dans les décennies suivantes ; la qualité du lien qui fait d’un individu une personne. Cette qualité qui échappe totalement au matérialisme est celle du don de soi. En effet, pour s’épanouir, l’individu doit se donner et pour se donner, il doit s’épanouir. Il ne faut pas être docteur en philosophie pour le comprendre : c’est dans son don à l’autre que l’individu trouve sa dimension personnelle. L’individu ne peut se construire sans cette dimension sociale, et l’humanité n’a de valeur que la somme de celles des personnes qui tissent ainsi sa trame.

Pour que cette trame soit solide il faut que les liens individuels qui la tissent le soient également. Ici nous trouvons, de Platon à Benoît XVI, une parfaite continuité dans l’exigence de vertu. Il est tout à fait clair que le don de soi n’aurait pas de contenu dans la faiblesse, pas de sens dans le non discernement du bon et du bien, pas de valeur dans le laisser-aller ou l’injustice. Il n’y a pas de don de soi qui tienne sans qu’il soit étayé par l’honnêteté, la modestie, la force ou la clairvoyance. Il n’y a donc pas de tissu social véritable et solide sans vertu.

Je sens que ce langage va paraître austère à beaucoup de lecteurs. C’est qu’un discours, aujourd’hui totalement décalé, qui ose prôner la vertu sera immédiatement stigmatisé par le libertarisme moral de l’air du temps. J’entends d’ici les progressistes de tous bords hurler au retour de « l’ordre moral ».

Nous pouvons les tranquilliser tout de suite, il n’est pas question d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Il est, au contraire, impératif de respecter la liberté de chacun, car sans liberté la vertu ne serait plus que contrainte et perdrait toute richesse humaine. Dans un article précédent nous expliquions que la solidarité obligatoire tuait la véritable solidarité. De même il ne saurait y avoir de vertu sans liberté personnelle mais, attention, pas de liberté personnelle non plus, sans vertu. La liberté est le seul chemin de la vertu et la vertu est le seul chemin de la liberté. Voilà le libéralisme comme je l’aime, et comme nous voulons le défendre.

S’il faut aujourd’hui se montrer « conservateur » pour restaurer cette liberté-là, c’est-à-dire pour rendre sa responsabilité à la liberté, et bien nous serons conservateurs avec joie, sérénité, et une totale détermination.

Pascal de Roubaix.

Plus d’impôts ou plus d’âme, il faut choisir !

Mardi 28 mai 2013

Il ne se passe plus un jour sans que nous n’entendions parler, détresse budgétaire oblige, de nouvelles mesures fiscales (ou « parafiscales », ce qui brouille un peu les pistes) à l’encontre du citoyen, des entreprises, des indépendants ou des professions libérales, ou alors des consommateurs, ou encore des épargnants et surtout de leurs capitaux épargnés (qui ne le seront pas !), des travailleurs, des ménages, des « allocataires sociaux », des fumeurs, des automobilistes ou des pensionnés, ainsi que des téléspectateurs, et enfin, ça sort très bientôt, des utilisateurs de GSM, …c’est-à-dire absolument tout le monde, à chaque détour de notre vie et de nos activités. Pour utiliser un concept à la mode, je me demande si nous ne devrions pas introduire tous ensemble une vaste plainte pour harcèlement fiscal.

Vous êtes en train de vous dire que votre serviteur est repris par ses vieux démons poujadistes (qu’on appelle plus volontiers populistes aujourd’hui) et que rien ne sert de critiquer le fisc dans une société moderne qui exige toujours plus des pouvoirs publics. Autrement dit : dans un « Etat-providence », avons-nous encore le droit de nous plaindre de la voracité du système alors que nous lui demandons tous les jours davantage ? Et au contraire, ne doit-on pas plutôt s’en prendre à tous ces fraudeurs qui ne participent pas, proportionnellement à leurs moyens, à une impérative solidarité ?

Il est certain que si vous partez du  principe que l’Etat (les pouvoirs publics dans leur globalité) est une providence pour l’ensemble des citoyens et qu’il est a priori le lieu du bien commun, le simple individu serait malvenu de mégoter sa contribution. La difficulté vient du fait que nous qui avons hérité des conceptions rétrogrades du personnalisme chrétien, nous avons l’outrecuidance de considérer que chaque personne possède sa dignité propre et que l’Etat est à son service et non l’inverse. L’Etat n’a d’existence justifiée que dans la mesure où les citoyens jugent bon de joindre leurs efforts pour réaliser les missions indispensables au bien commun. La personne est première et l’Etat est son serviteur.

Il résulte très clairement de ce principe que le fisc, comme toutes les institutions devrait appliquer à sa manière le principe de subsidiarité : Tout ce qu’il est possible de laisser au citoyen individuel doit lui être laissé et il ne faut confier au pouvoir que ce dont le citoyen ne peut se charger avantageusement lui-même.

Une seconde raison de ne confier à un pouvoir public que le minimum indispensable, est qu’en enlevant la responsabilité à l’individu pour la confier à une administration, on met en place un mécanisme de gaspillage structurel.  D’une gestion privée qui cherche naturellement la voie la moins onéreuse, on passe à une gestion publique qui n’a comme premier souci, ni la limitation de la dépense, ni la satisfaction de l’administré. Dès que c’est une administration qui paye, on voit tout naturellement grossir les factures et maigrir la satisfaction. Chacun peut vérifier dans son domaine cette fatalité structurelle.  On doit ajouter à ce triste constat une complexification, aujourd’hui démentielle, des procédures et des règlementations qui ne font qu’alourdir les charges, paralyser les initiatives et étouffer les enthousiasmes.

A ceux qui pensent que je suis en train de noircir le tableau à plaisir, je voudrais préciser une fois de plus quelques chiffres qui situent l’ampleur du désastre.

Prenons un travailleur dont le salaire net est de 1.000 € (pour simplifier l’image). Comme nous l’a encore répété il y a peu un éminent professeur de Solvay, ce salaire net représente 40% du produit d’un travail qui aura été préalablement amputé de 30% de charges et de 30% de précompte, soit un total brut de 2.500 €.

En utilisant ses 1.000 € l’ouvrier va devoir payer de la TVA sur tous les produits et services, des accises (énormes) sur le diesel, des cotisations spéciales ou des frais administratifs de tous genres, tant et si bien que de ses pauvres 1.000 €, il n’aura pour lui, comme réel pouvoir d’achat, que 800 € au grand maximum.

Le bilan est donc clair : son travail a produit 2.500 € mais ceux-ci ne lui donnent que 800 € de pouvoir d’achat net réel. Plus des 2/3 du produit de son travail lui sont retirés sans qu’il ne puisse rien y faire. Voilà  la réalité que nous vivons aujourd’hui dans notre société que certains ont encore l’audace d’appeler libérale.

Je ne vais pas ressortir ici  la liste des conséquences calamiteuses de ce système sur nos résultats  économiques. Je ne vais pas y ajouter l’imbroglio administratif dans lequel la plupart des métiers doivent se débattre aujourd’hui en conséquence de l’augmentation permanente des interventions de l’Etat ou d’un de ses organes. Ces éléments mille fois mis en lumière par de plus brillants que moi brident le développement économique, tuent le travail et donc l’embauche et empêchent la résorption du chômage, mais ce n’est pas le plus grave.

Non, je vais me concentrer aujourd’hui sur ce que je pense être la pire des conséquences de ce cercle vicieux qui nous vaut sans cesse plus d’Etat, donc plus d’impôts pour plus d’interventions et plus de contrôles et donc encore plus d’Etat etc. etc.

Le plus grave est que ce cercle vicieux pervertit progressivement les consciences de chacun. Quand vous privez un homme de son libre arbitre sur les deux tiers de ce que produit son travail, vous le privez en réalité de la quasi-totalité de son libre arbitre car ce qui lui reste ne couvrira pas beaucoup plus que ses besoins élémentaires. Il n’a donc plus de marge pour un geste personnel ou pour participer volontairement à une activité ou à quelque projet que ce  soit. Même la solidarité réelle et la véritable compassion humaine lui sont inaccessibles puisqu’elles sont organisées et rendues obligatoires par le système.

L’exemple de la solidarité est bon pour comprendre la nature de cette dérive. Un geste de solidarité perd en effet toute valeur morale s’il est obligatoire. Nul geste n’est généreux qui est obligé. Mais celui qui a été obligé de donner n’aura plus le sentiment de devoir donner davantage. Au contraire il ne se sentira plus responsable de la détresse des autres puisque celle-ci est sensée être prise en charge par le système.

La dérive engendrée par l’excès d’intervention et d’impôt n’est donc pas qu’économique et sociale, elle touche à la valeur humaine et prive de leur supplément d’âme les faits et gestes de chacun. Elle cultive en effet, dans l’esprit des citoyens, un sentiment parfaitement justifié : celui d’avoir tout payé d’avance et donc d’avoir, d’avance, droit à tout. Ceci nous donne le citoyen désenchanté que nous connaissons trop bien aujourd’hui, qui exige, sans souci de sa responsabilité, d’obtenir tout, et tout de suite. Et nous devons en arriver à ce constat désastreux : notre système forge progressivement et justifie horriblement une société d’individus irresponsables ne songeant qu’à la satisfaction immédiate de leurs désirs hédonistes et de leurs besoins matériels.

La revendication de moins d’Etat pour moins d’impôt est donc tout le contraire d’une revendication d’égoïstes sociaux, c’est celle de tout citoyen qui, avec son libre arbitre, avec sa responsabilité personnelle sur sa propre vie, veut conserver son âme.

Pascal de Roubaix.

Quand l’immodestie se fait mortelle.

Dimanche 12 mai 2013

Beaucoup d’entre nous avons été profondément attristés et même blessés par des publications tapageuses parues au moment du décès du professeur de Duve.

Il faut dire que ce grand savant, issu d’un milieu chrétien,  n’a pas hésité, à de multiples occasions à la fin de sa vie, à dire ses doutes philosophiques et à professer son agnosticisme. Je suppose que personne ne songe à lui contester ce droit.

Par ailleurs, que le petit monde anti-catho belge s’en réjouirait avec plus ou moins de décence, était à prévoir.

C’est de ce même droit que je veux faire usage ici pour exprimer le plus clairement qu’il m’est possible, pourquoi le tapage fait autour de ce décès et son exploitation par certains, représente une dérive ; une dérive de plus, et plus grave que d’autres.

Tout d’abord il me semble profondément regrettable et peu digne d’un grand esprit, d’organiser publiquement son décès et ce qu’il faut bien reconnaître comme un suicide assisté. Il s’agit d’un délit commis en toute impunité, car ceux qui ont posé les gestes létaux pour procéder à cette mise à mort en dehors des circonstances prévues par notre loi sur l’euthanasie, ne seront évidemment pas poursuivis.

Je ne vois rien de respectable ni de bon dans cette manière d’agir, si ce n’est qu’elle met très clairement en lumière les limites de l’applicabilité réelle de notre mauvaise loi sur l’euthanasie. La preuve est faite que, si nous ne voulons pas d’une société où chacun puisse être supprimé sous prétexte de son consentement, (ou de son incapacité à donner son consentement) cette loi doit être revue profondément.

Mais le plus triste et le plus dérangeant dans les circonstances de la disparition de ce grand Monsieur qu’était incontestablement le professeur de Duve, ne me semble pas être son suicide assisté. Le plus triste est sans doute l’exploitation qu’en font les milieux scientistes et prétendument « laïcs » qui chantent victoire sur tous les tons parce que, outre la mise en scène de sa mort, dans son grand âge, le savant avait renié toute foi.

Il a dit, en effet : « Je ne puis rationnellement me rallier au concept d’un être immanent ». « L’Ultime réalité n’est pas une entité intemporelle, mais une conception de mon esprit.»

Excusez-moi, je vais manquer ici au respect le plus élémentaire dû à un grand savant qui vient de décéder, mais je considère que s’il a effectivement affirmé cela, il a tout simplement dit une grosse bêtise.

Je ne ferais pas de commentaire et je ne prendrais surtout pas le risque de blesser ses admirateurs s’il était seul en cause. Mais qui ne voit que cette position ultime d’un Prix Nobel apporte de l’eau au moulin de la pire des bêtises, celle  que nous impose tous les jours d’avantage le monde du matérialisme revanchard ?

J’ose donc m’enfoncer d’avantage et expliquer pourquoi.

Prenons tout d’abord en compte l’esprit d’un homme dont les conceptions, selon lui-même, constitueraient « l’ultime réalité ». J’avoue que je ne comprends pas comment une grande intelligence peut faire preuve d’une telle absence de la moindre modestie.

Quand il se penche sur les découvertes abyssales de l’infiniment petit et qu’il prend conscience de ce que la parcelle la plus infime de matière constitue à elle seule un monde dont nous n’apercevons  pas même les limites, puis quand il tente d’élever son regard vers l’infiniment grand et qu’il essaye de concevoir que toute notre galaxie n’y représente pas plus qu’un grain de poussière, comment un homme peut-il encore oser considérer sa petite personne et son petit esprit comme la mesure ultime de la réalité ? N’y a-t-il pas là une forme d’immodestie délirante, incompréhensible ?  N’est-ce pas celle qui aveugle l’homme depuis le paradis terrestre ?

Mais venons-en au plus grave. Ce grand savant, dont le QI doit probablement être le double du mien, refuse de « se rallier rationnellement» au « concept d’un être immanent ». Quand j’essaye de comprendre cette affirmation je me dis d’emblée que parler de « concept » quand on parle de Dieu est déjà extraordinairement réducteur, mais ce qui me dérange le plus est cette incommensurable prétention à vouloir, ici encore, considérer sa propre raison comme une sorte de mesure obligatoire à laquelle Dieu devrait répondre pour être acceptable. Je ne veux pas me montrer désagréable mais pour être scientifiquement réel faut-il vraiment correspondre à ce qu’un esprit d’homme conçoit comme rationnel ?

Un sentiment est-il rationnel ? Pour autant le sentiment n’existe-t-il pas ?

La beauté, l’art sont-ils rationnels ? Pour autant, n’existent-t-ils pas ?

La souffrance et la joie, les vertus et le don de soi sont-ils rationnels ? Pour autant n’existent-ils pas ?

L’amour, irrationnel par excellence entre tous les dons faits à l’homme, n’existerait-il pas ?

Bref c’est tout ce qui n’est pas mesurable, tout ce qui fait la vie personnelle de l’homme, que notre raison ne peut circonscrire.  Bien loin de mettre l’existence de ces éléments en doute, ceci ne prouve qu’une chose : c’est que notre raison est actuellement encore tellement limitée qu’elle ne peut concevoir la réalité de leur contenu. Pour notre petite raison humaine la vie reste un mystère.

Je pense moi que la seule attitude intelligente vis à vis de tout ce qui nous apparaît comme difficilement compatible avec notre raison est une modestie radicale. Ce n’est pas parce qu’un élément échappe à notre entendement que nous pouvons mettre la réalité de son existence en doute. Bien au contraire car, sinon, nous devions mettre en doute l’existence de l’amour.

Or, nous savons que l’amour reste la source de toute vie, et spécialement de la vie humaine depuis son apparition jusqu’à son retour vers le Père, nous le savons sans que notre science soit en mesure de l’expliquer. Si nous donnons la primauté au matérialisme scientiste, nous devons « rationnellement » refuser le principe de toute vie.

Le matérialisme, voilà qui est clair maintenant, est l’origine de la culture de mort qui s’impose chez nous aujourd’hui.

Vous nous permettrez donc de le combattre de toutes nos forces.

Pascal de Roubaix.

La Genèse profanée !

Lundi 1 avril 2013

Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.  Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, homme et femme, il les créa.  Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, et soumettez-la. (Genèse 26.28)

En cette glaciale veillée de Pâques, j’ai eu le bonheur de lire encore une fois un des textes les plus beaux de la littérature universelle : les premiers versets de la Genèse reprenant la création du monde.

Ce texte en forme de prophétie première, de poème original sorti de la source des temps, marie avec une rare puissance la naïveté de l’homme, la main du Créateur et le Verbe de Dieu.

Mais beaucoup plus prosaïquement je n’ai pu, en le relisant, m’empêcher de penser qu’il était d’une actualité politique troublante. Il me semble en effet indéniable que le laïcisme quelque peu hystérique qui contamine aujourd’hui l’ensemble de la classe dirigeante de notre oligarchie particratique se situe et milite à l’opposé exact de ce texte fondateur. (Ce qui rend sa relecture d’autant plus jouissive pour moi, je l’avoue volontiers).

Passons rapidement sur le dernier avatar engendré par l’obligatoire obsession  anti-chrétienne : la suppression décrétée de toute référence chrétienne dans les noms des vacances scolaires. Il me semble bon de citer ce détail grotesque afin que nous puissions mieux appréhender la profondeur d’un mal qui fait accepter de telles stupidités, les fait prendre en considération par un parlement, les fait travailler par des commissions d’élus et par de multiples fonctionnaires qui ne sont pourtant pas tous frappés de débilité mentale, jusqu’à les couler dans une norme imposée aux écoles qui sont évidemment les dernières dont ont aurait songé à demander l’avis. Tenez, prenez donc un petit œuf « de printemps » pour faire passer ça.

Mais il y a plus grave, hélas beaucoup plus grave. Il y a l’écologie politique aujourd’hui érigée en culte. Construit sur les grandes peurs instinctives de l’homme, ce mouvement était assez folklorique à ses débuts, (je l’ai vu de tout près dans les années 80 quand les deux premiers élus « Ecolo » sont arrivés à la Chambre en même temps que moi) mais, comme par hasard, depuis que certains milieux d’affaire y ont vu des sources de  business formidablement profitables et presque infinies, il s’est progressivement transformé en une religion matérialiste qui s’est imposée mondialement avec d’énormes moyens et en développant un cléricalisme despotique dont nos sociétés libérales avaient perdu l’habitude. Qui peut encore prétendre aujourd’hui échapper chez nous aux diktats du « développement durable » ce pléonasme incontournable qui s’est imposé dans le secteur de l’énergie puis dans toute l’industrie, qui nous dicte sans vergogne ce que nous pouvons manger et boire, la manière dont nous devons nous loger et nous chauffer, ce que nous pouvons acheter, vendre ou consommer en gérant littéralement notre vie dans tous les domaines, même les plus intimes ?

Et gare à celui qui conteste. Voyez comme se font lyncher sans pitié les inconscients scientifiques qui osent signaler leurs observations indiquant que le globe ne se réchaufferait plus depuis quelques années. Aucune discussion n’est acceptée, aucun argument n’est entendu et les blasphémateurs sont dénoncés à l’opprobre public et voués aux gémonies.

Personnellement je n’ai aucune compétence en climatologie, j’observe simplement à qui profitent les ukases de ceux qui croient pouvoir en faire une science exacte. Mais je ne puis réprimer un sourire impertinent quand je lis dans un article qui ne se veut pas comique, que le froid glacial exceptionnel de ce printemps retardataire est précisément dû, lui aussi, …au réchauffement climatique ! (Comment n’y avions-nous pas songé nous-mêmes ?)

Au-delà du climat et très curieusement, l’écologie politique qui prétend défendre notre planète mère, la vie animale et végétale, ainsi que l’ensemble de la nature au prix d’immenses investissements financiers et humains, devient soudain sourde et aveugle dès qu’on aborde les horribles «  sujets éthiques ». Autant elle s’émeut devant les massacres de bébés phoques, le sort inquiétant d’espèces animales ou les maltraitances dans les élevages et les abattoirs (qui sont de vrais sujets, nul ne le conteste), autant elle semble approuver ce qui fait la honte la plus grave de notre siècle à savoir l’élimination journalière, perpétrée dans nos sociétés « progressistes », de centaines de milliers d’enfants à naître, de vieillards, de malades ou même d’innocents handicapés.

Nous avons vu ici l’avortement passer progressivement de l’état de crime très partiellement dépénalisé par la loi, à celui d’un « droit de la femme » totalement illégal mais revendiqué sans le moindre scrupule par toute une population volontairement aveuglée. Essayez aujourd’hui de rappeler que l’avortement reste, qu’on le veuille ou non, un geste de mort humainement insoutenable et une blessure indélébile, et vous entendrez les anathèmes proférés contre vous !  (Avec une virulence qui prouve bien la justesse de vos affirmations.)

Enfin, l’actualité est surtout à la destruction de la cellule familiale comme cellule de base de notre tissu social. Pour cela la porte est grande ouverte à des lobbys gays et lesbiens qui revendiquent de manière assez surréaliste et totalement impudique des nouveaux droits : le droit au mariage homosexuel (ce qui, en français est une « contradictio in terminis »(*) et surtout le « droit à l’enfant » ( qui fait de l’enfant un objet de droit plutôt qu’un sujet) quitte à lui imposer une vie sans père ou sans mère. Ces horreurs, revendiquées par des groupes ultra-minoritaires, ne sont évidemment que des prétextes, certes pas très ragoutants mais des prétextes, le but, la cible est la famille traditionnelle. Il faut la détruire. Elle protège en effet l’individu de son total isolement devant les pouvoirs politiques économiques et sociaux. (**)

Il faut substituer à la répartition des rôles au sein de la cellule familiale, la théorie du genre qui prétend, de manière totalement saugrenue mais très à la mode, que le sexe n’est pas une réalité ontologique ni physique mais simplement culturelle et qu’il devrait faire l’objet d’un choix libre à tout moment de l’existence. Et comme par hasard, les adeptes de ces inepties dont on rira avec gène dans quelques décennies, se retrouvent au sein de tous les partis du système et s’escriment à changer nos règles de vie et l’éducation de nos enfants en fonction de leurs fantasmes les plus malsains.

Une forte proportion de la population française semble avoir compris le danger et son importance, elle le démontre dans des manifestations historiques et dans une détermination impressionnante. Quoi qu’il arrive dans les mois à venir, cet énorme mouvement ne restera pas sans trace, en France comme dans toute l’Europe. Le printemps arriverait-il enfin ?

Pascal de Roubaix.

(*) Le « Robert » comme le « Littrè » donne comme définition au mariage : l’union légitime entre l’homme et la femme. Il est aussi bon de savoir que le mot mariage apparaît en français au début des années 1000 pour désigner le sacrement par lequel l’Eglise catholique bénit l’union de l’homme et de la femme. L’Eglise est donc à l’origine même de ce mot, et certains prétendent s’offusquer de ce que les évêques de France interviennent en sa faveur !

(**)Extrait d’un courrier déjà ancien : Mais pourquoi me direz-vous cette hargne contre la famille ?  Tout simplement parce que la famille est la première des garanties de la liberté de la personne humaine. C’est son creuset, son recours, son port d’attache, son havre, sa ressource. Sans famille, la personne n’est plus qu’un individu, nu face au pouvoir et aux aléas. C’est ce que veut le socialisme : une collectivité d’individus, et surtout pas des personnes revêtues de dignité  et d’autonomie structurée. C’est ainsi que le progressisme matérialiste s’est développé de manière comparable au sida. Celui-ci tue dans notre organisme les éléments qui nous immunisent face à la maladie. Celui-là détruit systématiquement dans l’organisme social toutes les structures qui immunisent le citoyen et lui donnent les dimensions de sa dignité personnelle.

La famille est construite sur le principe du don de soi, total, sans compter, qui crée des liens affectifs indestructibles, toutes notions sur lesquelles le matérialisme n’a aucune prise. Elles lui sont donc insupportables, il faut les nier, les empêcher, les ridiculiser, les démoder, bref tout mettre en œuvre pour qu’elles soient réduites à l’impuissance malgré leurs fondements essentiels.

Or si la famille n’est pas la panacée qui, à elle seule, nous guérira de tous nos maux, c’est évident, il n’est pas moins évident qu’elle constitue le creuset irremplaçable de la formation de la libre personnalité de chacun.

Le lien biologique est le seul qui garantisse l’oubli de soi au profit de l’autre (à l’exception de certains parents dénaturés).

C’est cet oubli de soi qui justifie l’autorité parentale, c’est lui qui affermit les rapports d’amour-autorité entre les membres de la famille qui se sentent et sont effectivement responsables les uns des autres.

Cette sécurité, cette sérénité affective est le creuset irremplaçable qui sociabilise les enfants tout en leur forgeant une personnalité propre et en leur transmettant les repères moraux indispensables à la vie en société.

Mille fois les éducateurs en ont fait l’expérience : il n’existe pas de palliatif à la famille. En cas de défaut de la famille, toutes les formes de prises en charge des enfants, même les mieux organisées et les plus chaleureuses, se sont révélées n’être que des pis-aller.

Il saute donc aux yeux, que la cellule familiale doive être au centre de toutes les préoccupations de ceux qui prétendent vouloir le bien commun. La famille devrait être, logiquement, le cœur et l’inspiration de tout programme politique intelligent. Hélas, c’est exactement dans la direction opposée que vont nos pays, pour le plus grand malheur de l’Europe et de ses nations dont les politiques euthanasient la famille moribonde avec le consentement plus ou moins actif des partis prétendument démocratiques.

(Courrier du 22 août 2005)