Refuser notre religion c’est nier notre culture.
Cathédrale d'Amien

Suite à une action menée par des parents d’élèves de l’école publique, la Cour Constitutionnelle vient d’oser un arrêt qui touche à un des sujets les plus sensibles de l’arsenal socio-politique : l’enseignement et, plus précisément, la liberté de choix des parents face au caractère obligatoire des cours de religion.

Quiconque est attaché à la liberté et surtout au libre choix des parents, ne peut, sans doute, qu’applaudir à cette action et surtout à l’arrêt de la Cour. Celui-ci affirme que le choix du cours de « morale laïque » ne peut pas être considéré comme le choix de la neutralité face aux autres choix qui sont confessionnels. Il devient officiel, par ce jugement, que la laïcité (à la belge) ne peut pas se prétendre neutre face aux religions. Voilà enfin une clarification particulièrement réjouissante. Non, la laïcité n’est pas le réceptacle neutre naturel de tout ce qui n’est pas confessionnel. Le choix d’une philosophie sans Dieu n’est pas un choix neutre. Il n’est pas neutre de refuser la foi.

La Cour estime donc que l’Etat n’a pas à exiger un choix des parents entre tel ou tel cours de religion ou de philosophie. Ceux qui ne désirent pas que leur enfant soit initiés à une de ces croyances quelle qu’elle soit, ont le droit de les refuser et ces formations, même non-confessionnelles, ne peuvent être que facultatives dans l’enseignement public.

Youppie ?

Attention ! C’est ici que les choses se corsent. Car voilà le petit monde  des laïcistes surexcité. Ils se précipitent sur la presse et les plateaux de télévision, non pas pour défendre leur branche et sa neutralité, ce qui eut été assez naturel, mais bien pour mener une charge qu’ils espèrent victorieuse, contre les cours de religion eux-mêmes. Qu’est-ce que ces cours confessionnels viennent faire dans l’enseignement public, alors qu’ils portent sur des matières qui ressortissent à la sphère purement privée et qui ne devraient jamais en sortir ? !  Qu’attend donc le ministre pour les remplacer sans plus tergiverser par une formation, bien plus utile par les temps qui courent, à la « citoyenneté », c’est-à-dire à leur vision de la tolérance, de l’égalité, la dignité, le civisme  et la solidarité ? !

Et le comble est que le ministre francophone (un individu de genre féminin qui gesticule beaucoup dans les couloirs du pouvoir depuis de longues années) leur répond de manière caricaturalement belge : « Non je ne peux pas supprimer les cours de religion ; il faudrait  pour cela une révision de la Constitution ; mais je puis remplacer une des deux heures des programmes actuels par une heure de « citoyenneté ». Et le comble est qu’elle présente cette pirouette absurde comme la solution du bon sens qui contentera tout le monde.

Même si une telle stupidité de la part d’une politicienne chevronnée n’étonne plus le moins aigri des journalistes, je tiens à dire tout le mal que j’en pense car c’est la formation des cerveaux de nos enfants qui est en jeu ici. Et, pour ma part, je ne parviendrai jamais  à accepter que cette formation soit organisée par le pouvoir politique.

Je voudrais rapidement développer deux observations qui me semblent essentielles. La première est que la «citoyenneté» n’est pas une branche scolaire, ni une matière qu’on peut étudier. La «citoyenneté» est une sorte de qualité, mais une qualité particulièrement floue qui permet toutes les ambigüités.

La seconde est que notre religion chrétienne a joué un rôle tellement profond dans notre histoire politique, sociale, économique, artistique et culturelle, qu’il est, à mon avis, inconcevable que les petits européens d’aujourd’hui, de quelque religion qu’ils fussent, n’en n’apprennent  pas les arcanes.

Permettez-moi de développer quelque peu pour mieux faire percevoir l’importance des enjeux.

Faisons d’abord un sort, si vous le voulez bien à ce cours de citoyenneté tant attendu par la gent progressiste. Ma question et ma critique portent sur sa nature même. De quoi se composera ce nouveau « corpus » enseigné à nos chères têtes blondes ? Quel sera le contenu d’un cours dont le sujet n’est pas une matière définie ? Car qu’est-ce que la citoyenneté ? Le mot date de la révolution française et après avoir perdu tout contenu sentimental a signifié une caractéristique purement administrative : le fait d’être citoyen. Avouez que, jusque-là, la matière est maigre. Mais aujourd’hui, l’esprit du temps a rajouté des couleurs de nature civique (pour ne pas dire patriotique, ce qui serait évidemment insupportable), des tons bien chauds aux saveurs d’ouverture, de tolérance, d’exotisme culturel, et, bien entendu, de solidarité obligatoire, à ce mot trop terne. Si le critique est honnête il reconnaitra donc que ce cours de « citoyenneté » au contenu parfaitement flou, sera une sorte de moment non d’instruction mais d’éducation et d’éducation à quoi ? D’éducation à ce qui fait l’air du temps et le politiquement correct.

Désolé, mais l’éducation de mes enfants m’appartient, et si leur école doit y participer, je ne veux certainement pas que ce soit pour leur inculquer des principes qui me révulsent. Il ne peut y avoir de demi-mesure ou d’accommodement sur un sujet aussi fondamental. Cette école-là, je la refuse.

Mais venons-en à la religion pour laquelle, dans sa grande générosité, la dame du ministère nous concède encore une heure par semaine, à condition qu’elle soit totalement facultative et ne participe en rien à la moyenne nécessaire à la réussite annuelle.

Je crois que notre société cultive à ce sujet un complexe assez stupide en confondant systématiquement, d’une part, l’enseignement de la foi qui ne peut, à l’évidence, être politiquement imposé et qui s’adresse au cœur des enfants dont les parents choisissent pour eux cette initiation, et d’autre part, l’étude de la religion chrétienne qui est le pilier central de notre civilisation européenne dite aujourd’hui « occidentale ».

Tout qui prétend comprendre notre histoire et les hommes qui l’ont marquée, entrer dans nos courants de pensée et pénétrer l’esprit de nos philosophes, goûter  notre musique, notre architecture, notre peinture, notre sculpture, ou toucher à notre littérature, ne peut pas ne pas en posséder la première des clefs qui est notre religion chrétienne, ses fondements, ses heurts et malheurs et son évolution bimillénaire.  Je ne parle pas ici, vous l’aurez compris, d’introduction à une foi quelle qu’elle soit, je vous parle des fondements de notre culture, de notre histoire et de nos arts et lettres.

Vous voulez des exemples ? Ils sont sous nos yeux par centaines, par milliers.

Comment prétendre comprendre l’histoire de nos pays d’Europe, des principautés, royaumes et empires qui s’y  sont succédé, sans connaître les grandeurs et turpitudes du rôle des abbayes, puis du pouvoir des papes, et celui du clergé ?  Sans comprendre la notion de droit divin? Celle de droit canon ? Sans percevoir les divisions entre chrétiens et leur rôle déterminant sur la géopolitique depuis le Moyen Age jusqu’à nos jours? Etc. etc.

Comment ensuite prétendre envisager la pensée européenne alors que les détenteurs de la connaissance y sont chrétiens si non exclusivement clercs.

Comment ne pas voir que l’histoire de l’art est totalement parallèle à celle du christianisme ? Comment jouer une cantate de Bach, admirer Fra Angelico, Rubens, ou Michel Ange et suivre les élans mystiques de Liszt, sans appréhender ceux que propose le christianisme ? Comment lire nos auteurs sans noter cette référence unanime et obsessionnelle au Dieu des chrétiens jusqu’à et y compris le vouloir mort ?

Comment voir nos cathédrales, tous nos clochers et nos calvaires jusqu’aux plus humbles potales qui bornent nos champs, entendre les noms de saints donnés à nos villes, nos villages et nos rues, sans se rendre à l’évidence d’une religion qui a marqué nos territoires, qui a forgé nos esprits et même donné son départ à notre calendrier ?

Puisque nous sommes imbibés de christianisme jusque dans les recoins les plus improbables de nos esprits, de nos structures et de nos œuvres, sa connaissance est la base même de notre culture. Il est donc criminel, même pour le plus farouche des athées, d’organiser l’école sans lui donner le rang qui lui revient.

Je propose donc que les cours de religion soient divisés en deux parts, celle des confessions qui ne peut être obligatoire, et celle de la connaissance culturelle de la chrétienté qui devrait être remise à sa place : la première.

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14 commentaires à propos de “Refuser notre religion c’est nier notre culture.”

  • Nadine

    Je suis d’accord avec Yves de Witte.
    Nous sommes tous en quête de religion, puisque ça veut dire relier;
    Or nous sommes crées pour la relation. Nous mourrons sans relation.
    Et la religion est la relation spirituelle, qui est en nous.
    Il faut expliquer cela aux enfants, qui sinon, se demandent pourquoi ils vivent.
    Et la chrétienté est la base de l’Europe, que reste-t-il, si on supprime cela.

  • Patrick de Cooman

    Il est heureux que dans notre pays si tiède en matière de convictions, ou si timoré quand il faudrait les manifester, des voix s’élèvent encore, non seulement pour s’indigner mais aussi pour proposer des éclairages objectifs. Merci Pascal, et bon courage, car quand on écrit on espère des réactions, et elles sont généralement bien peu nombreuses.

  • Vik Eggermont

    Cher Monsieur,

    J’ai beaucoup de respect pour ce que vous faites. Hélas, je crains que ce soit trop tard, l’Europe a passé “le point of no return.”

    Néanmoins nous sommes et restons le dernier carré.

  • Fernand

    Les politiques veulent imposer à nos enfants un nouveau cours obligatoire : « le cours de citoyenneté ». Que trouverons-nous dans ce cours ? Je rejoins l’analyse de Pascal de Roubaix. Nous y trouverons « l’air du temps et le politiquement correct ». Appelons un chat un chat, cela revient à créer une religion d’Etat et à l’imposer à tous. Je trouve cette agression pire que celle de vouloir imposer à tous la morale laïque. Un pas dans la direct du totalitarisme …
    Par contre, l’idée de Pascal de Roubaix de mettre à la première place un cours de « connaissance culturelle de la chrétienté » me semble défendable. Il me semble même que ce cours pourrait devenir obligatoire pour tous dans l’enseignement officiel, pour toutes les confessions et opinions.

  • Thierry Muûls

    il me semble que le 25 ième anniversaire de la loi sur l’avortement opportunément rappelé par Mgr Léonard dans son homélie pascale, ce qui lui valut les agressions médiatiques, ainsi que sur des réseaux sociaux pourrait utilement être commenté, car il faut tout de même ne pas perdre de vue que si la loi doit être respectée dans toute démocratie qui se respecte, le droit à la critique doit pouvoir s’exercer sans encourir pour autant des réactions hors de propos, comme celles consistant à dire que s’opposer à l’avortement ne peut être toléré de la part de l’Eglise, qui n’aurait soi disant pas droit à la parole sur le sujet. Et j’en passe et des meilleures .
    Ensuite où en est la béatification du roi Baudouin?
    Et quand la Belgique récupérera t’Elle son droit de vote au Conclave? Si c’est avec le successeur de Léonard les choses seront claires, c’était clairement dirigé contre lui ; si c’est plus jamais, la clarté sera que notre pays n’a plus de raisons à participer à cette assemblée majeure de la vie de notre Eglise. Il faudra qu’on nous explique.

  • HARMANT Patrick

    S’il me semble que des connaissances des grandes religions seraient sources de culture, je ne vois pas de raison de supprimer les cours de religion existants. Certes de tels cours doivent être donnés avec tolérance et respect des toute opinion respectable !
    Cherchons à enrichir les personnalités des étudiants et non leurs manques.

  • Natacha G.

    Le cours de religion et les valeurs chrétiennes sont de plus en plus “moqués” , voire ridiculisés au sein des écoles dites catholiques! Même les directeurs et directrices d’écoles n’osent plus défendre ce cours et leurs professeurs en la matière. Obligés, sont-ils, d’accepter tout ce que l’État impose d’inique concernant qui va donner cours, la façon de le donner ou encore la matière à enseigner! Ceci plaçant les professeurs de religion catholique dans des situations scabreuses où ils n’ont plus l’autorisation de donner un cours de religion encore digne de ce nom. Les parents, de plus en plus aveuglés par l’Esprit du monde” voire même la société toute entière ne semblent pas s’en inquiéter, ni accorder d’intérêt à ce cours pourtant primordial pour l’avenir spirituel, à commencer par celles de toutes nos petites têtes blondes! L’on va jusqu’à privilégier des cours “de religion” donnés par des professeurs de cours généraux et titulaires de classes qui ne savent “que dalle” de la religion catholique, (protestants, athées, agnostiques, …); Ceci au détriment manifeste des enseignements donnés par des professeurs baptisés, catholiques, largement et bien formés en la matière.

  • Léopold Mousset

    Face à la montée des extrémismes idéologiques, faut-il rappeler-n’en déplaise aux sectaires et activistes athées-que la Chrétienté a posé les jalons de l’Europe,non seulement en y diffusant le message évangélique,mais,sur le plan social,en y apportant l’enseignement et le secours public: orphelinats,soupe populaire,hôpitaux. Hélas,l’ombre du Cardinal de Torquémada continue de planer,et les Fouquier-Tinville du procès de l’Eglise scotomisent,sciemment,les grandes figures chrétiennes que furent,notamment, St Vincent de Paul,le Père Damien,Mère Thérèsa,Soeur Emmanuelle et et une nuée d’autres,encore. Chez les agnostiques et les athées,,les héros,connus, de la charité et de l’amour inconditionnel du prochain sont tellement plus rares…. Citons Raoul Follereau.Il doit bien y avoir une raison à une telle disparité….

  • liedekerke

    trois reflexions :
    -il y a des regles de bon voisinage et de “morale naturelle” pour toute communauté humaine, qu’il serait bon d’expliquer a l’ecole
    -je ne suis pas sur que la presentation par certains professeurs de l’école laique de certains aspects des croisades et de l’inquisition devrait accompagner la formation chretienne donnée aux jeunes enfants par leurs parents et l’organisation religieuse qu’ils choisissent
    -une histoire des religions en général pourrait certainement contribuer a expliquer des grands mouvements de civilisation

  • Luc de Vidts

    Excellente analyse d’un bien triste état de choses !

    Bien amicalement,
    Luc de Vidts.

  • Gevers

    Pour quel parti peut on encore voter quand on entend et lit les réflexions telles que celles-ci de certains ministres?

  • Paul HUMBLET

    Je suis plutôt d’avis que le terme de “laïcité” (puisque votre billet évoque une intervention probable de ses représentants) n’a rien de neutre.

    Le postulat de départ évoque des “consciences heurtées” par la mention de toute religion.

    S’ensuit une contradiction : distanciation à la religion (ou au fait religieux), mais référence à la religion (au fait religieux).

    Enfin, un illogisme : la définition de “laïcité”. 1°) qui n’obéit à aucune institution religieuse (on peut l’évoquer puisque notre Etat n’est soumis à aucune Autorité religieuse) ; 2°) qui n’appartient à aucun ordre religieux (on peut également l’évoquer puisque la plupart des citoyens ne sont ni jésuites, ni franciscains, ni dominicains, ni trappistes, ni carmélites, ni prêtres séculiers,…) ; 3°) indifférent, voire hostile, à toute religion (à tout fait religieux).

    Si les 2 premières définitions peuvent s’appliquer, la troisième ferait de tout citoyen quelqu’un d’hostile à toute religion ! Il y a donc là intervention dans notre attitude par rapport à la religion !

    D’autre part, on fait cela pour le confort moral de certains dont on peut se demander s’ils se préoccupent du choc des consciences de ceux qui ne pensent pas comme eux et à qui, de surcroît, ils imposent, par des décisions légales, des changements de vocabulaire, sans tenir compte de la référence intrinsèque à la religion : congés d’automne en lieu et place du congé de Toussaint ; vacances d’hiver et de printemps en lieu et place de vacances de Noël et de Pâques ; congé de détente (comme si un congé ne l’était jamais !) en lieu et place de congé de Carnaval.

    Quel sort alors pour les 4 seuls congés civils ? Devrions-nous remplacer “jour de l’an”, “fête du travail”, “Fête nationale” et l’Armistice ?

    Quel sort également pour la dénomination de notre calendrier : grégorien, du nom du pape qui a réformé le calendrier julien ? Devrions-nous rétablir le “nouvel an” au 1er mars parce que le 1er janvier avait été choisi à un certain moment pour faire coïncider le début de l’année le plus possible avec Noël ?

    Quel sort alors à toutes les ères se référant à une religion : judaîsme, ère chrétienne, hégire ?

  • de Witte Yves

    J’ai été prof de religion à Saint Ghislain. Je ne peux pas dire que le Borinage soit une zone très catho. Et pourtant J’ai aimé donner cours à des jeunes. Tout homme se pose des questions religieuses. Le cours de religion est là pour permettre à voir un peu plus clair. Retirer ce cours n’est-ce pas ouvrir la porte à toutes les sectes qui donneront des réponses toutes faites? A l’origine le cours de religion a été voulu par la pensée laïque pour empêcher le cléricalisme et le dogmatisme religieux. Les parents qui s’opposent à ce cours ne risquent-ils pas d’ouvrir les portes de l’extrémisme, de l’intolérance… Soyons prudents !

    • André Laloux

      Dans le contexte actuel le plus important est de créer un seul cours auquel TOUS les enfants participent afin de supprimer les stigmatisations diverses.

      Le contenu de cette formation est évidemment à concevoir sous forme d’une forme d’« eucuménisation » des différentes confessions religieuses ou non avec leurs histoires en Europe même si la chrétienté a évidemment le plus influencé toute sa culture et en représentent même les élément fondateurs.

      Etant donné l’enjeu d’une très grande sensibilité du contenu de cette formation, elle ne pourrait évidemment être improvisée et demanderait un arbitrage de grands sages pour autant qu’ils existent encore…

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