Quand l’immodestie se fait mortelle.

Beaucoup d’entre nous avons été profondément attristés et même blessés par des publications tapageuses parues au moment du décès du professeur de Duve.

Il faut dire que ce grand savant, issu d’un milieu chrétien,  n’a pas hésité, à de multiples occasions à la fin de sa vie, à dire ses doutes philosophiques et à professer son agnosticisme. Je suppose que personne ne songe à lui contester ce droit.

Par ailleurs, que le petit monde anti-catho belge s’en réjouirait avec plus ou moins de décence, était à prévoir.

C’est de ce même droit que je veux faire usage ici pour exprimer le plus clairement qu’il m’est possible, pourquoi le tapage fait autour de ce décès et son exploitation par certains, représente une dérive ; une dérive de plus, et plus grave que d’autres.

Tout d’abord il me semble profondément regrettable et peu digne d’un grand esprit, d’organiser publiquement son décès et ce qu’il faut bien reconnaître comme un suicide assisté. Il s’agit d’un délit commis en toute impunité, car ceux qui ont posé les gestes létaux pour procéder à cette mise à mort en dehors des circonstances prévues par notre loi sur l’euthanasie, ne seront évidemment pas poursuivis.

Je ne vois rien de respectable ni de bon dans cette manière d’agir, si ce n’est qu’elle met très clairement en lumière les limites de l’applicabilité réelle de notre mauvaise loi sur l’euthanasie. La preuve est faite que, si nous ne voulons pas d’une société où chacun puisse être supprimé sous prétexte de son consentement, (ou de son incapacité à donner son consentement) cette loi doit être revue profondément.

Mais le plus triste et le plus dérangeant dans les circonstances de la disparition de ce grand Monsieur qu’était incontestablement le professeur de Duve, ne me semble pas être son suicide assisté. Le plus triste est sans doute l’exploitation qu’en font les milieux scientistes et prétendument « laïcs » qui chantent victoire sur tous les tons parce que, outre la mise en scène de sa mort, dans son grand âge, le savant avait renié toute foi.

Il a dit, en effet : “Je ne puis rationnellement me rallier au concept d’un être immanent”. “L’Ultime réalité n’est pas une entité intemporelle, mais une conception de mon esprit.»

Excusez-moi, je vais manquer ici au respect le plus élémentaire dû à un grand savant qui vient de décéder, mais je considère que s’il a effectivement affirmé cela, il a tout simplement dit une grosse bêtise.

Je ne ferais pas de commentaire et je ne prendrais surtout pas le risque de blesser ses admirateurs s’il était seul en cause. Mais qui ne voit que cette position ultime d’un Prix Nobel apporte de l’eau au moulin de la pire des bêtises, celle  que nous impose tous les jours d’avantage le monde du matérialisme revanchard ?

J’ose donc m’enfoncer d’avantage et expliquer pourquoi.

Prenons tout d’abord en compte l’esprit d’un homme dont les conceptions, selon lui-même, constitueraient « l’ultime réalité ». J’avoue que je ne comprends pas comment une grande intelligence peut faire preuve d’une telle absence de la moindre modestie.

Quand il se penche sur les découvertes abyssales de l’infiniment petit et qu’il prend conscience de ce que la parcelle la plus infime de matière constitue à elle seule un monde dont nous n’apercevons  pas même les limites, puis quand il tente d’élever son regard vers l’infiniment grand et qu’il essaye de concevoir que toute notre galaxie n’y représente pas plus qu’un grain de poussière, comment un homme peut-il encore oser considérer sa petite personne et son petit esprit comme la mesure ultime de la réalité ? N’y a-t-il pas là une forme d’immodestie délirante, incompréhensible ?  N’est-ce pas celle qui aveugle l’homme depuis le paradis terrestre ?

Mais venons-en au plus grave. Ce grand savant, dont le QI doit probablement être le double du mien, refuse de « se rallier rationnellement» au « concept d’un être immanent ». Quand j’essaye de comprendre cette affirmation je me dis d’emblée que parler de « concept » quand on parle de Dieu est déjà extraordinairement réducteur, mais ce qui me dérange le plus est cette incommensurable prétention à vouloir, ici encore, considérer sa propre raison comme une sorte de mesure obligatoire à laquelle Dieu devrait répondre pour être acceptable. Je ne veux pas me montrer désagréable mais pour être scientifiquement réel faut-il vraiment correspondre à ce qu’un esprit d’homme conçoit comme rationnel ?

Un sentiment est-il rationnel ? Pour autant le sentiment n’existe-t-il pas ?

La beauté, l’art sont-ils rationnels ? Pour autant, n’existent-t-ils pas ?

La souffrance et la joie, les vertus et le don de soi sont-ils rationnels ? Pour autant n’existent-ils pas ?

L’amour, irrationnel par excellence entre tous les dons faits à l’homme, n’existerait-il pas ?

Bref c’est tout ce qui n’est pas mesurable, tout ce qui fait la vie personnelle de l’homme, que notre raison ne peut circonscrire.  Bien loin de mettre l’existence de ces éléments en doute, ceci ne prouve qu’une chose : c’est que notre raison est actuellement encore tellement limitée qu’elle ne peut concevoir la réalité de leur contenu. Pour notre petite raison humaine la vie reste un mystère.

Je pense moi que la seule attitude intelligente vis à vis de tout ce qui nous apparaît comme difficilement compatible avec notre raison est une modestie radicale. Ce n’est pas parce qu’un élément échappe à notre entendement que nous pouvons mettre la réalité de son existence en doute. Bien au contraire car, sinon, nous devions mettre en doute l’existence de l’amour.

Or, nous savons que l’amour reste la source de toute vie, et spécialement de la vie humaine depuis son apparition jusqu’à son retour vers le Père, nous le savons sans que notre science soit en mesure de l’expliquer. Si nous donnons la primauté au matérialisme scientiste, nous devons « rationnellement » refuser le principe de toute vie.

Le matérialisme, voilà qui est clair maintenant, est l’origine de la culture de mort qui s’impose chez nous aujourd’hui.

Vous nous permettrez donc de le combattre de toutes nos forces.

Pascal de Roubaix.

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26 commentaires à propos de “Quand l’immodestie se fait mortelle.”

  • Alexandre de Mahieu

    Christian de Duve était il-trop rationnel pour comprendre l’irrationnel ? Un très grand cerveau gauche, un petit cerveau droit. J’avais une grande admiration pour ce savant, mais l’admiration ne lui a pas survécu.

  • Van Ossel Françoise

    Je suis entièrement d’accord avec les commentaires.
    Faisant un bénévolat en soins palliatifs, je me rends compte de toute l’humanité qui peut exister dans cette période qu’on pourrait juger inutile.

  • t'Serstevens

    Evangile selon saint Matthieu :11, 25-27

    En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.”

    Merci Pascal de faire entendre Sa voix au coeur d’une époque sans foi ni loi …
    Amitiés,
    Hervé t’Serstevens

  • Yves de Menten de Horne

    Merci, cher Pascal, pour vos commentaires auxquels je souscris entièrement.
    Il y a 15 ans, j’ai assisté à une conférence, brillante, du prof. de Duve. Mais j’ai été profondément choqué des circonstances de sa mort, dont même notre libre Belgique nationale ne trouvait rien à redire.
    Honte à lui !

  • Van Ossel Françoise

    Merci beaucoup pour vos commentaires concernant le suicide assisté de Duve.
    Je suis entièrement d’accord avec vous.

    Faisant un bénévolat en soins palliatifs, je sens un peu tout ce qui peut se passer entre le malade et sa famille dans cette dernière période de la vie.
    Où va aller notre humanité si nous ne pouvons plus nous supporter les uns les autres dans la souffrance ?

  • B. Mols

    Merci pour ton texte, Pascal, et merci pour tous ces nombreux commentaires. Je m’aperçois que j’avais banalisé cette annonce d’euthanasie … C’est grave !

  • Guy Capelle

    J’ai eu la grande chance de connaître Christian de Duve comme professeur de biochimie. C’était un homme d’une grande chaleur humaine. Passer un examen chez lui était un vrai plaisir. Pourquoi ces reproches dans presque tous vos commentaires? Avez-vous lu ses livres? C’est vrai, il n’était pas philosophe. Mais il était foncièremnt honnête. Il a renoncé à la religion de son enfance. Est-ce une raison pour lui dénier un rayonnement extraordinaire? Le péché d’orgueil qui lui est reproché n’est-il pas présent chez ceux et celles qui le condamnent?
    Paix à sa mémoire.

  • colette Bienfait

    Merci, cher Monsieur de Roubaix, pour votre analyse d’un évènement navrant qui aura déçu grand nombre d’entre nous, en fait, ce grand homme,pour nous, “aura raté sa sortie”,
    Ayons par contre la modestie et l’humanité de ne pas juger!
    J’ai pu constater avec plaisir et intéret que votre mise au point correspondait avec l’opinion d’Eric de Beukelaer sur son blog, dans l’article paru “in memoriam Christian de Duve”;
    bien cordialement,
    Colette Bienfait.

  • Charpentier

    Re-P.S..( Avec mes excuses pour sa longueur indécente, cet extrait de “Etre et Avoir, qu’on peut trouver sur mon site).

    CONTRE L’ARGUMENT D’AUTORITÉ

    C’est la règle actuelle de réserver le “délit d’opinion” aux “ténèbres du moyen âge”, dont nous aurions émergé par la grâce des “Lumières”.

    En vérité, et contrairement à ce qui a pu se passer dans la suite, le XIIIème siècle se montrait d’une rare liberté et objectivité intellectuelle, comme en témoigne l’adage scolastique dû à Thomas d’Aquin , un des 33 Docteurs de
    l’ Eglise) :

    “Qui veritatem dicit vinci non potest, cum quocumque disputet ”
    ( ” Celui qui dit la vérité ne saurait être réduit au silence, quel que soit son interlocuteur “).
    Et voilà ce qu’on appelle “l’obscurantisme chrétien”…

    L’idée que la vérité vient à bout de tous les faux-semblants a de quoi nous rendre courage, face à ce terriible interlocuteur qu’est la pensée prétendument unique, ou correcte .

    Car notre époque, pour se débarrasser de toute idée non conforme à son credo matérialiste s’entend fort bien à répercuter les vaticinations de tel ou tel expert , censées clore la discussion avant même qu’elle ait pu s’engager.
    Tout ce qui ne se conforme pas à cette duperie entretenue par les medias est donc soumis à une implacable censure de fait, et n’aurait plus qu’à disparaître.

    Seuls ont droit à la parole les penseurs universitaires, dont la masse amorphe dépasse depuis longtemps, , au nom de la démocratique égalité des chances , celle des détenteurs du certificat élémentaire, sans en atteindre toujours le niveau théorique. *

    Il faut bien du courage pour rire de l’actuelle débauche d’experts…
    Le courage d’ Esope, que son maître avait mis à l’encan aux côtés d’un autre esclave apparemment fort cultivé.
    Celui-ci faisait donc l’article en se targuant de multiples talents.

    – “Et toi” – demanda un acheteur au spirituel nabot- “que sais-tu donc faire ? – A quoi Esope de repartir : “Rien … l’autre a tout pris pour lui … **

    Pour en finir avec l’argument d’autorité, peut-être se souvient encore du pharmacologiste Jacques Monod, jadis nobélisé pour sa découverte des neuroleptiques, ces “camisoles chimiques” dont nos contemporains, on ne sait trop pourquoi, font une consommation sans cesse croissante.

    Un tel brevet d’omniscience le poussa bien vite à des élucubrations aussi hasardeuses que peu nécessaires sur les origines et les destinées de l’ univers.
    Le cher homme aurait bien dû prendre quatre grains de son propre ellébore, ou écouter du moins l’ancien adage : “Cordonnier, pas plus haut que la
    sandale ! “…***
    Toujours est-il qu’au sortir d’une conférence mondaine où il avait épilogué sur ses illusions favorites, il eut à subir l’humilité feinte de François Mauriac. ” Monsieur le Professeur, vous nous proposez-là des choses beaucoup plus incroyables que tout ce qu’on nous demande de croire, à nous autres, pauvres chrétiens…”

    Trève d’insolences……

    Et bon courage à tous !

    * Le premier bachot , en 1908, comptait 31 candidats. Ils sont aujourd’hui 600.000… Y voyons-nous plus clair ? A l’opposé, l’illettrisme n’a jamais empêché d’avoir un certain sens de la langue; c’est au point qu’un vieux grammairien recommandait de s’inspirer du langage des crocheteurs, sinon des harengères…
    ** La Fontaine, Vie d’Esope.
    *** Voir l’histoire du peintre grec Apelle.

  • Thierry Muûls

    tout a été dit et bien dit.Que pourrais je ajouter sinon peut être le fameux dicton: “Lucifer rend fous ceux qu’il veut perdre”?

  • Flicka Cattoir

    Merci d’avoir mis en mots le malaise que j’ai ressenti à l’annonce de sa mort “programmée”.

  • Patrick de Cooman

    Cher Pascal,
    Je partage tes idées (tu sais que ce n’est pas toujours le cas). Certes, on ne peut exclure que la decision ait été prise en vertu de circonstances que nous ne connaîtrons pas, comme les premières atteintes d’une grave maladie ou une terrible dépression. Ce serait à mon sens la seule excuse à l’incongruité de l’avis nécrologique paru dans les journaux, selon lequel la famille avait la grande douleur de faire part du décès. On peut se poser la question de savoir si le défunt a pensé un seul instant à cette grande douleur qu’il infligeait à ses proches…
    Par ailleurs, l’annonce d’un hommage laïque présidé, dans une église, par un ami prêtre bien connu, prêtait à sourire. S’il existait un prix Nobel de coquetterie, ces deux célébrités pourraient se le partager.

  • Charpentier

    P.S. Un de vos sympathiques correspondants trouve difficile de croire à un “être immanent”, et à un justice immanente. Or, à part l’homonymie, ces deux concepts n’ont rien à voir entre eux.

    D’abord, on fera bien ne pas appliquer à la Divinité la notion d’immanence, qui ne convient qu’à ses créatures . Immanent signifie en effet : ” qui est de même rang que nous”. L’Etre -Un ( “le Fils)”) est au contraire transcendant ( i.e. “qui nous surpasse ), et son origine ( le “Père”) est même totalement inconnaissable. Posez la question à un théologien sérieux. Il en reste, mais pas nécessairement à l’UCL !
    Ce même théologien pourrait aussi avoir entendu parler de la théologie “apophatique”, et vous expliquer que la Justice immanente est bel et bien une réalité, comme d’ailleurs la Némésis grecque*, et même la loi du talion.
    Mais comme vous n’êtes pas obligé de le croire, donnons -en une démonstration “ad hominem”.
    Je veux dire, qui s’applique à merveille au cas de notre docteur.
    Sa vaniteuse inconscience se manifeste maintenant au grand jour du fait même qu’il a présenée sa triste initiative comme un modèle d’humanité digne d’être inscrit dans nos institutions.
    Comme on l’a dit très justement, il ne faut juger personne. Et distinguer nettement, comme on l’a d’ailleurs fait ici même , l’euthanasie systématique, telle q’u’elle se pratique déjà largement dans les hôpitaux, et qu’aucune loi n’empêchera jamais, d’un geste de miséricorde envers des personnes atteintes de souffrances atroces. Cela s’appelait jadis le coup de grâce (ictus gratiosus) et personne ne me fera jamais croire que Celle qui est la Mère de Miséricorde désapprouve cette forme de charité, qui dans certains cas, touche au sublime.
    Il existe en effet des lois non écrites.

    * Cette Déesse “marchait sur les talons” de l’ Hybris (l’ Orgueil insensé), ce qui n’est pas tout à fait sans rapport avec le cas qui nous occupe…

  • Damien de Failly

    Bravo à l’auteur de l’article, bravo également aux intervenants. De l’espace cosmique et planétaire nos meilleurs savants disent n’en connaître que 0.5 % . De l’infiniment petit, nous croyons connaître les derniers secrets et nous tombons dans la physique quantique, aussi vaste que tout l’espace planétaire. Lecteur de quelques uns de ses ouvrages, Monsieur de Duve avait mon admiration. Hélas il est toujours scabreux lorsqu’un scientifique fait de la philosophie. Pour comprendre la vie et la mort, s’en tenir aux deux bornes limitant notre condition humaine physique est insuffisant. Il y a autre chose, c’est certain et Monsieur de Duve ne l’a pas vu. Dommage!

  • Bernadette Gendebien

    J’avoue que j’avais aussi une grande admiration pour le professeur de Duve et j’ai été profondément déçue de sa décision finale. Somme toute il a choisi la lâcheté de partir afin d’éviter toute dégradation inévitable à chaque être humain. Quel comportement puéril et peu courageux pour un grand savant. Il est vrai que, ne croyant en rien, , pour lui, c’était une bonne solution!!

  • Isabel t'Kint de R.

    Cher Pascal,
    merci de ton excellent article . Quel dommage en effet que l’orgueil ait pris le pas sur l’intelligence et quel exemple désastreux pour ses “admirateurs” ! Nous étions fiers de notre prix Nobel ……. mais depuis quelques années déjà, l’orgueil prenait le dessus .
    J’ai déjà eu une discussion avec une dame âgée qui ” se pose des questions quant à sa mort” après le suicide assisté de Mr De Duve !!! J’en frémis !
    Bien amicalement Isabel de Villenfagne

  • Irina Goossens

    Voici les remarques d’un ami médecin:
    J’ajouterais au texte de Roubaix que le Nobel ne prouve pas l’intelligence, mais l’aptitude démontrée d’avoir résolu en son temps, certains problèmes mécaniques. Il est vrai que de Duve crevait d’orgueil, à un point ridicule. Dès qu’il s’engageait comme plusieurs Nobel avant lui, sur le terrain de la philosophie ou de la spiritualité, il ne révélait que sa bêtise. Il ne connaissait rien à la philosophie qui, par définition, ne fait que démontrer l’insuffisance ou la naïveté des écoles précédentes. Il se réclamait de Descartes, alors que plus aucun philosophe actuel ne le fait. Il ne comprenait rien au fait que le scientifique n’a aucun instrument pour parler de Dieu, et qu’il en était, lui, cruellement dépourvu. “Dieu n’existe pas parce qu’il est indémontrable”. Qui croyait-il convaincre? Il me rappelle Gagarine, que la presse soviétique de l’époque faisait dire: “Dieu n’existe pas, car là-haut, je n’ai rien vu”. L’intelligence humaine peut-elle comprendre tout? A-t-il prouvé, lui, qu’elle le pouvait? Quand un scientifique se fait un prix Nobel, empêchez-le à tout pris de pérorer en matière de philosophie ou de spiritualité, obligez-le à rester dans son domaine, et les vaches seront bien gardées. C’est aussi ridicule que de voir un pape se croire autorisé à discuter des lysosomes ou des peroxisomes, sous prétexte de la reconnaissance dont il a fait l’objet en matière de spiritualité. De Duve nous explique la crainte qu’il a de voir l’humanité se perdre à cause de son comportement darwiniste, et la révélation qu’il a eu de comprendre le message d’amour du Christ. Il n’y voit que l’avertissement d’un philosophe sur la disparition possible de l’humanité par les guerres, mais il ne s’effraie pas, lui, de Duve le bouffi, de donner à la société un exemple barbare de suicide assisté, sous l’autorité du prix Nobel. Si lui se suicide, pourquoi l’humanité ne le ferait-elle pas?

  • Baudouin Hannecart

    Cher Pascal,

    L’accès trop facile à l’euthanasie ou au suicide assisté comporte surtout le danger que nombre de personnes âgées pourraient se sentir poussées vers la sortie, puisque cela peut se faire sans douleur. Il est donc indispensable que les garanties du respect de la volonté des personnes soient sans failles.
    Je serais beaucoup plus hésitant à critiquer une conception philosophique sur un point aussi peu connaissable que Dieu.
    Cela me rappelle un sermon du jour de Pâques, il y a une bonne trentaine d’années, où notre curé a limité son propos à : Christ est ressuscité… Tout ce qu’on sait, c’est qu’on n’a jamais retrouvé son corps. Certains ne sont jamais arrivés à croire, et je les comprends.
    Ce fut dit simplement, humblement, et je n’aurais pas aimé être à sa place ce jour-là. C’était un gentil curé, généreux, serviable, modeste. La théologie et la morale chrétienne sont heureusement deux choses bien distinctes. Qui peut dire qu’il sait ce que Dieu veut et comment il faut se le figurer?
    Des gens qui ont étudié la question? Saint Jean-Marie Vianney, dont le manque d’instruction a failli être un obstacle insurmontable à son ordination, est la preuve par l’absurde que ce n’est pas le cas. Il vivait chrétiennement, c’est tout. L’orgueil n’est-il pas plus souvent du côté des théologiens qui jugent et qui condamnent. En outre qu’est-ce qui leur permet de dire qu’ils SAVENT?
    Alors, je suis tout-à-fait d’accord pour regretter que le décès du Professeur de Duve puisse servir d’argument philosophique anti-religieux et pour promouvoir le suicide assisté, mais je n’oserais pas émettre de jugement sur ce qu’une personne croit dans son for intérieur, tant qu’il ne l’impose pas aux autres.

    avec mes amitiés

    Baudouin

  • JLC

    Il eut été certainement préférable que le “grand savant” quitte l’UCL dès qu’il s’est reconnu agnostique (ce qui est parfaitement son droit). De plus, l’impunité de ceux qui l’ont assisté à se suicider ne présage rien de bon pour le futur. Des dérives sont à craindre, par exemple quand “on” viendra annoncer aux vieillards malades qu’on ne sait plus (ou ne veut plus) soigner (ou dont on souhaite simplement se débarasser) que le “mieux” que l’on puisse faire pour eux, c’est d'”abréger leurs souffrances”…

  • Marie-Pierre

    Monsieur,
    Merci de votre long article concernant cet éminent scientifique. Je ne l’ai pas connu mais souvent j’en ai entendu parler avec des paroles admiratives. Prenant connaissance de son décès “programmé”, j’ai comme vous eu une sensation désagréable mais ne connaissant pas la loi belge, j’ai seulement intuitivement saisi que quelque chose n’allait pas.
    Pour revenir au Professeur de Duve en s’exprimant comme il l’a fait montre ses limites et surtout ses préjugés plutot définitifs.
    Je le regrette beaucoup pour lui. Les limites qu’il s’est lui-même imposées l’a empéché de saisir toute la grandeur comme toute la petitesse de l’univers. C’est justement cela qui nous donne une grande respiration et, c’est mon avis, qui inclus la mort.

  • de Ville de Goyet Marie-Thérèse

    Merci pour ce bel article.J’ai aussi été fort choquée parr cette mort programmée .Quels sont les événements qui ont changé cet homme à la fin de sa vie pour qu’il devienne agnostique ?
    Il m’a vraiment déçue.

  • Charpentier

    Cher Pascal,
    la décision prise par ce “scientifique” m’interpelle assez peu. Je la tiens pour inspirée par des motifs individuels, dans lesquels nous n’aurions normalement pas à intervenir. Ni surtout à légiférer, ce qui serait le pavé de l’ours.
    La difficulté commence quand on se sert de l’initiative purement privée d’un personnage “médiatique” considéré à tort comme exemplaire. En ce sens, l’octroi du trop célèbre Prix par des lobbies trop connus ( norvégiens, hein …), et à des fins souvent plus que suspectes . Il suffit de refaire l’histoire de ce “Nobel” si mal nommé pour s’aviser qu’il a été décerné maintes fois à des individus peu recommandables ou carrément fous à lier. A commencer par Fritz Haber, inventeur des gaz de combat, que notre pays a eu le douteux privilège d’étrenner, et qui servent aujourd’hui d’arme conte la Syrie et son pouvoir légitime.
    Citons encore Marie Curie, qu’on présente aux enfants comme une “sainte laïque’ mais qui nous a bel et bien lancés dans l’ère maudire du nucléaire.
    Suivie par tous les atomistes criminels, dont “l’Homme le plus intelligent du monde” ( un vulgaire imposteur converti à la cuisine du Diable).
    La liste est longue de ces malfaiteurs, mais elle contient aussi quelques
    bienfaiteurs de l’humanité, qui contribuent surtout à propager l’illusion d’un prix de vertu.
    Ceci nous amène, au risque de choquer bobonne, à un autre point que vous soulevez : celui de l’orgueil immense que suscite cet événement journalistque chez la plupart des heureux élus.
    Je ne nommerai personne, tout en retenant cette savoureuse déclaration d’un prélat qui serait aujourd’hui largement centenaire : “Pour l’humilité, je ne crains personne”. J’espère qu’il repose en paix.

    D’autre part, votre foi dans le fameux Q.I. n’est pas non plus dénuée de naïveté. Ce test censé mesurer l’intelligence, ne mesure en fait qu’un répertoire d’aptitudes purement techniques, et rien de plus. S’il mesurait vraiment l’intelligence ( chose heureusement impossible), j’en serais extrêmement satisfait. Hélas, un Q.I. assez élevé, et que je ne vous dévoilerai pas, ne m’a jamais empêché d’être bête à pleurer dans une foule de circonstances. Peu m’import d’ailleurs, car le seul Drwadlom est le droit à l’erreur, et encore à condition de ne pas en abuser…

    On pourra donc recopier sur ma tombe la fameuse épitaphe de La Fontaine.
    ” Ci-gît quelqu’un qui ne fut rien, pas même académicien”

    Le mieux qui me reste à faire, c’est donc de citer un vrai Chrétien, qu’on a le grand tort de ne plus lire .

    “La raison est un merveilleux instrument de pensée, à condition qu’on prenne dans la réalité les matériaux qu’elle met en oeuvre. Si elle travaille à vide, elle devient folle…
    Seul un fou peut s’enfermer dans la prison claire et distincte d’une idée, car il n’a pas la riche complexité d’un être bien portant. Celui-ci se soucie de ce qui est vrai, non de ce qui est logique, et quand il voit deux vérités qui semblent se contredire, il accepte les deux, et la contradiction en prime.
    Le monde a des lois : c’est la science. Mais l’unité de ces lois, c’est le miracle”.
    G.K. Chesterton
    Que voulez-vous encore ajouter à cela ?

    Amitiés à tous

  • Fernand Schmetz

    Les options philosophiques ou religieuses fondamentales ne dépendent pas du degré d’intelligence. Les plus, intelligents peuvent se tromper sur les options fondamentales, alors que les plus humbles peuvent voir juste. Seulement, nous ne disposons pas de critère pour départager les uns et les autres. Pour cette raison toutes les options restent ouvertes.

    Cela dit, il reste difficule à notre époque de croire à un “être immanent” ou à une “justice immanente”, même pour des croyants convaincus. Ceux-ci ont tendance (depuis Kant) à postuler une justice dans un autre monde que celui dans lequel nous vivons actuellement.

    Par ailleurs, si nous souhaitons nous limiter à des certitudes, cela a probablement aujourd’hui pour conséquence de nous limiter à ce que nous arrivons à penser.

    Ces affirmation du prof. de Duve me semblent donc fort banales et largement partagées. Par contre, à travers les époques, nous n’avons pas toujours pensé ainsi, vu que pour un Descartes l’existence de Dieu semblait plus réelle et plus certaine que l’existence du monde matériel.

    Notre façon de penser actuelle peut encore évoluer, pour laisser entrevoir d’autres certitudes que celles actuellement accessibles.

  • Françoise Le Borne

    En fait, cher Pascal, ce qui fait la richesse de l’humanité, c’est sa liberté de penser, de croire, de vivre en harmonie avec ses convictions, et non “d’avoir tort ou raison”.

    Croire ou non en l’existence de Dieu, aimer ou non le beau, le salé ou le sucré ne sont que des données personnelles, sur lesquelles personne ne devrait être autorisé à formuler le moindre jugement.

    Il en va de même sur son envie ou non de s’expliquer. Les uns vivent leurs convictions dans une discrétion absolue, d’autres croient devoir s’en justifier, ce qui est d’ailleurs une forme de naïveté, l’expérience personnelle étant par définition incommunicable.

    Quant à l’heure de mettre un terme à sa vie, c’est encore et toujours une appréciation personnelle. Il y a les cas très clairs, qui consistent à abréger une agonie insoutenable, et d’autres plus mystérieux qui viennent du sentiment que “c’est l’heure”.

    Dans la plupart des tribus primitives, un ancien se lève un jour, et disparait dans le désert ou la jungle, sans le moindre viatique, parce qu’il a senti le moment de quitter la scène… Il n’en restera pas moins “vivant” dans l’esprit des siens.

    D’autres iront jusqu’au bout de leur décadence, au nom d’une acceptation tout aussi honorable.

    Il faut saluer avec respect ces décisions quelles qu’elles soient, ne pas y voir un “matérialisme” , et surtout ne juger personne.

    Ni bien entendu vouloir récupérer telle ou telle attitude …

  • Charles Thibaut de Maisières

    Cher Pascal,

    Je suis entièrement d’accord avec tes commentaires.
    Tu n’as peut-être pas un QI aussi élevé que M. de Duve, mais tu as parfaitement compris ce que ce grand scientifique n’a malheureusement jamais pu admettre.
    Triste fin d’un grand esprit.
    Avec mes amitiés,

    Chales Thibaut de Maisières

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