Plus d’impôts ou plus d’âme, il faut choisir !
Âme

Il ne se passe plus un jour sans que nous n’entendions parler, détresse budgétaire oblige, de nouvelles mesures fiscales (ou « parafiscales », ce qui brouille un peu les pistes) à l’encontre du citoyen, des entreprises, des indépendants ou des professions libérales, ou alors des consommateurs, ou encore des épargnants et surtout de leurs capitaux épargnés (qui ne le seront pas !), des travailleurs, des ménages, des « allocataires sociaux », des fumeurs, des automobilistes ou des pensionnés, ainsi que des téléspectateurs, et enfin, ça sort très bientôt, des utilisateurs de GSM, …c’est-à-dire absolument tout le monde, à chaque détour de notre vie et de nos activités. Pour utiliser un concept à la mode, je me demande si nous ne devrions pas introduire tous ensemble une vaste plainte pour harcèlement fiscal.

Vous êtes en train de vous dire que votre serviteur est repris par ses vieux démons poujadistes (qu’on appelle plus volontiers populistes aujourd’hui) et que rien ne sert de critiquer le fisc dans une société moderne qui exige toujours plus des pouvoirs publics. Autrement dit : dans un « Etat-providence », avons-nous encore le droit de nous plaindre de la voracité du système alors que nous lui demandons tous les jours davantage ? Et au contraire, ne doit-on pas plutôt s’en prendre à tous ces fraudeurs qui ne participent pas, proportionnellement à leurs moyens, à une impérative solidarité ?

Il est certain que si vous partez du  principe que l’Etat (les pouvoirs publics dans leur globalité) est une providence pour l’ensemble des citoyens et qu’il est a priori le lieu du bien commun, le simple individu serait malvenu de mégoter sa contribution. La difficulté vient du fait que nous qui avons hérité des conceptions rétrogrades du personnalisme chrétien, nous avons l’outrecuidance de considérer que chaque personne possède sa dignité propre et que l’Etat est à son service et non l’inverse. L’Etat n’a d’existence justifiée que dans la mesure où les citoyens jugent bon de joindre leurs efforts pour réaliser les missions indispensables au bien commun. La personne est première et l’Etat est son serviteur.

Il résulte très clairement de ce principe que le fisc, comme toutes les institutions devrait appliquer à sa manière le principe de subsidiarité : Tout ce qu’il est possible de laisser au citoyen individuel doit lui être laissé et il ne faut confier au pouvoir que ce dont le citoyen ne peut se charger avantageusement lui-même.

Une seconde raison de ne confier à un pouvoir public que le minimum indispensable, est qu’en enlevant la responsabilité à l’individu pour la confier à une administration, on met en place un mécanisme de gaspillage structurel.  D’une gestion privée qui cherche naturellement la voie la moins onéreuse, on passe à une gestion publique qui n’a comme premier souci, ni la limitation de la dépense, ni la satisfaction de l’administré. Dès que c’est une administration qui paye, on voit tout naturellement grossir les factures et maigrir la satisfaction. Chacun peut vérifier dans son domaine cette fatalité structurelle.  On doit ajouter à ce triste constat une complexification, aujourd’hui démentielle, des procédures et des règlementations qui ne font qu’alourdir les charges, paralyser les initiatives et étouffer les enthousiasmes.

A ceux qui pensent que je suis en train de noircir le tableau à plaisir, je voudrais préciser une fois de plus quelques chiffres qui situent l’ampleur du désastre.

Prenons un travailleur dont le salaire net est de 1.000 € (pour simplifier l’image). Comme nous l’a encore répété il y a peu un éminent professeur de Solvay, ce salaire net représente 40% du produit d’un travail qui aura été préalablement amputé de 30% de charges et de 30% de précompte, soit un total brut de 2.500 €.

En utilisant ses 1.000 € l’ouvrier va devoir payer de la TVA sur tous les produits et services, des accises (énormes) sur le diesel, des cotisations spéciales ou des frais administratifs de tous genres, tant et si bien que de ses pauvres 1.000 €, il n’aura pour lui, comme réel pouvoir d’achat, que 800 € au grand maximum.

Le bilan est donc clair : son travail a produit 2.500 € mais ceux-ci ne lui donnent que 800 € de pouvoir d’achat net réel. Plus des 2/3 du produit de son travail lui sont retirés sans qu’il ne puisse rien y faire. Voilà  la réalité que nous vivons aujourd’hui dans notre société que certains ont encore l’audace d’appeler libérale.

Je ne vais pas ressortir ici  la liste des conséquences calamiteuses de ce système sur nos résultats  économiques. Je ne vais pas y ajouter l’imbroglio administratif dans lequel la plupart des métiers doivent se débattre aujourd’hui en conséquence de l’augmentation permanente des interventions de l’Etat ou d’un de ses organes. Ces éléments mille fois mis en lumière par de plus brillants que moi brident le développement économique, tuent le travail et donc l’embauche et empêchent la résorption du chômage, mais ce n’est pas le plus grave.

Non, je vais me concentrer aujourd’hui sur ce que je pense être la pire des conséquences de ce cercle vicieux qui nous vaut sans cesse plus d’Etat, donc plus d’impôts pour plus d’interventions et plus de contrôles et donc encore plus d’Etat etc. etc.

Le plus grave est que ce cercle vicieux pervertit progressivement les consciences de chacun. Quand vous privez un homme de son libre arbitre sur les deux tiers de ce que produit son travail, vous le privez en réalité de la quasi-totalité de son libre arbitre car ce qui lui reste ne couvrira pas beaucoup plus que ses besoins élémentaires. Il n’a donc plus de marge pour un geste personnel ou pour participer volontairement à une activité ou à quelque projet que ce  soit. Même la solidarité réelle et la véritable compassion humaine lui sont inaccessibles puisqu’elles sont organisées et rendues obligatoires par le système.

L’exemple de la solidarité est bon pour comprendre la nature de cette dérive. Un geste de solidarité perd en effet toute valeur morale s’il est obligatoire. Nul geste n’est généreux qui est obligé. Mais celui qui a été obligé de donner n’aura plus le sentiment de devoir donner davantage. Au contraire il ne se sentira plus responsable de la détresse des autres puisque celle-ci est sensée être prise en charge par le système.

La dérive engendrée par l’excès d’intervention et d’impôt n’est donc pas qu’économique et sociale, elle touche à la valeur humaine et prive de leur supplément d’âme les faits et gestes de chacun. Elle cultive en effet, dans l’esprit des citoyens, un sentiment parfaitement justifié : celui d’avoir tout payé d’avance et donc d’avoir, d’avance, droit à tout. Ceci nous donne le citoyen désenchanté que nous connaissons trop bien aujourd’hui, qui exige, sans souci de sa responsabilité, d’obtenir tout, et tout de suite. Et nous devons en arriver à ce constat désastreux : notre système forge progressivement et justifie horriblement une société d’individus irresponsables ne songeant qu’à la satisfaction immédiate de leurs désirs hédonistes et de leurs besoins matériels.

La revendication de moins d’Etat pour moins d’impôt est donc tout le contraire d’une revendication d’égoïstes sociaux, c’est celle de tout citoyen qui, avec son libre arbitre, avec sa responsabilité personnelle sur sa propre vie, veut conserver son âme.

Pascal de Roubaix.

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