Qui tranchera le nœud?

A en juger par les florilèges de réactions sur tous les sites, tous les blogs et les commentaires en tous sens, la chute du gouvernement inquiète bien d’avantage que les péripéties précédentes de notre régime.
En essayant de conserver une certaine distance critique par rapport à des événements qui se sont succédé rapidement, nous nous demandons s’il faut partager cette lourde inquiétude qui étreint plus d’un concitoyen.
Oui, dans un sens, non dans l’autre.
Oui, il faut être inquiet pour les Belges, non il ne faut pas être inquiet pour la Belgique.

Nous dirions que la Belgique en a vu d’autres.
Certes il n’y a rien d’agréable à se voir manipulé en tous sens par des politiciens opportunistes et traiter de « pays artificiel » par les ignares en tous genres qui sévissent dans l’opinion publique. Mais dire que la Belgique est « en voie d’évaporation » et autres fadaises, c’est un peu comme si on affirmait, sous prétexte que l’unification politique européenne est en panne, que l’Europe elle-même va disparaître.
Non l’Europe existe depuis toujours et existera encore pour des siècles. C’est sur son sort politique que nous ne pouvons pas parier à ce jour, rien d’autre.
De même ce glacis où se touchent et se superposent les diverses mentalités et les principales cultures européennes, anglo-saxonne, germaine et latine, ce carrefour sans frontières fixes que forme notre Belgique au cœur de l’Europe, à quel souverain qu’elle ait appartenu, ce pays vertébré de routes, de canaux et de villes, ouvert par nature, sans limite ni carapace, cette Belgique-là, de César à nos jours, a quelque chose d’éternel.

Bon, mais en attendant, nous, les Belges d’aujourd’hui, nous sommes vraiment mal pris.
Nos ennuis d’aujourd’hui viennent des structures inadéquates que nous impose un régime nouveau qui a remplacé progressivement notre monarchie constitutionnelle: une oligarchie de type particratique.
Il y a plus de trente ans que les Belges lucides -il y en a beaucoup sur cette terre de pragmatisme- dénoncent l’inadéquation totale des prétentions sous-nationalistes par rapport à la principale caractéristique géopolitique et culturelle du pays qui est aussi sa chance historique : celle d’être, en lui-même, le carrefour central du plus grand marché du monde. Mais hélas, on ne peut faire vivre un carrefour en le barrant d’une frontière et en inventant de toute pièce, de part et d’autre, deux petits états revanchards et volontiers haineux.
Il y a plus de trente ans que nous dénonçons sans relâche ces structures inexorablement centrifuges que la particratie a mises en place et notre Constitution rendue illisible. Maintenant que la structure commence à lâcher, qu’on en est arrivé aux questions insolubles (Bruxelles, la dette publique, la solidarité nationale, la Monarchie etc.) et que les blocages politiques semblent inextricables, il est quand même un peu violent de voir ces mêmes dirigeants venir jouer les vierges outragées face aux caméras complices, en s’accusant les uns les autres comme font les enfants pris les doigts dans la confiture.
Trancher ce nœud institutionnel demande une force et une détermination politique qui semblent inaccessibles aux responsables (?) actuels, à tel point que ce qui pourrait bien être le sort de notre pays pour une période indéterminée, serait l’incapacité à agir de n’importe quel gouvernement national, pendant que ceux des régions tourneraient vaille que vaille. Cette paralysie qui ne réjouit que les irresponsables, pourrait coûter encore bien plus cher aux Belges que toutes les folies communautaires précédentes et signifier à terme rapproché, la faillite de la Belgique. (Faillite qui emporterait tout autant les régions antagonistes que toutes les autres structures du pays)
Ce n’est, qui plus est, vraiment pas le moment de gaspiller nos énergies, au sortir d’une crise financière internationale, alors que la Flandre doit constater les prémices d’une période de déclin, et que la Wallonie est à peine convalescente.
Enfin le risque de lasser l’Europe n’est pas à négliger qui pourrait nous faire perdre notre atout principal avec, pour Bruxelles, celui de capitale.

Un constat aussi grave pour le bien-être des Belges nous force à dégager les pistes de solutions, car, même si elles semblent hors de portée des mentalités politiques actuelles, elles existent bel et bien. Nous pouvons les résumer à ceci :
· Il est primordial qu’une part des élus au Parlement national représentent tous les Belges, et que grâce à cela, les partis, redevenant nationaux, doivent se préoccuper de toute la Belgique. Il faut mettre en place une circonscription nationale.
· Les solidarités sociales doivent concerner tous les Belges d’égale manière, et donc, même s’il est urgent de revoir les mécanismes de sécurité sociale, il faut le faire tous ensemble et pour chacun.
· Il est indispensable de rétablir une stricte hiérarchie des normes, afin de permettre l’autonomie viable des entités décentralisées.
· Pour déterminer les compétences des différents échelons, il faut mettre le principe de subsidiarité en œuvre, avec une préférence systématique pour le pouvoir le plus proche. (Ce qui signifie de fortes autonomies et une nette restauration des responsabilités communales !)
· Il faut condamner toute forme de discrimination. Nous devons donc condamner les discriminations linguistiques scandaleusement légales à ce jour, tout autant que les autres. La Belgique entière doit devenir plurilingue. Depuis la maternelle, nos écoles doivent assurer le plurilinguisme de nos enfants.
· Il faut mettre en place une batterie de mesures destinées à réduire la particratie et libérer les élus. (Financement des élus, plutôt que des partis ; en fonction des voix et non des sièges ; listes électorales etc.)
· Il faut sans doute simplifier les structures en diminuant le nombre d’échelons.(Communes, arrondissements, provinces, communautés, régions, Etat.)
· Il faut accepter la réalité de Bruxelles qui s’est développée bien au-delà des 19 communes actuelles et qui souffre d’une structure de financement injuste et intenable.
· Enfin, en cas de modifications institutionnelles, il est bon de vérifier l’accord des populations concernées par l’organisation systématique de consultations populaires préalables qui doivent aussi pouvoir être d’initiative populaire.

Comme on le voit, les pistes de solution sont simples à indiquer quand on fait fi des tabous que se sont construits nos politiciens et qu’ils imposent aux Belges. Mais qui, et dans quelles circonstances, parviendra à les proposer et les faire accepter ?
Là est la question actuellement sans réponse.

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