Merci pour ces 40 ans !
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40 ans c’est impossible ! C’était hier. Pourtant le calendrier persiste et signe sans pitié : depuis le 15 février 1975, toute une vie, toute notre vie, a passé sans que nous n’en prenions vraiment conscience.

Ce jour-là, c’est sans le moindre doute que nous nous étions engagés : « … Je déclare te prendre pour époux(se) et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement, pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et dans la pauvreté, dans la santé et dans la maladie, jusqu’à ce que la mort nous sépare. » 

Depuis lors, nous n’avons connu ni richesse, ni pauvreté, ni maladie grave ; des échecs, oui bien sûr, dont certains vraiment durs et brutaux, d’autres lancinants, usants comme bât qui blesse, mais le tout sans drame et sans fureur. Bien au contraire, je crois pouvoir affirmer très simplement que ce sont les difficultés de la vie qui nous ont soudés en transformant petit à petit les éruptions incandescentes des premiers amours en une roche certes moins brûlante mais indestructible.

Plus que nos goûts fort semblables, plus que l’humour, nos rires ou nos émotions, plus que nos faiblesses et nos paresses très vite complices, plus que notre idéal et sa force en partage, plus que l’affection de nos proches et l’amour de nos enfants et plus que toutes ces bénédictions surabondantes, c’est la foi que nous nous sommes donnés l’un à l’autre il y a 40 ans, qui a fait, et fera notre vie.  Si je devais la définir, définir la nature de ce qui nous lie aujourd’hui, je dirais que nous sommes l’un à l’autre et je n’ajouterais rien.

Si je vous livre aujourd’hui ces considérations intimes qui ne vous regardent pas, c’est que je constate tous les jours que les choses ont changé. Ce que nous et notre génération, comme les précédentes,  avons considéré  comme simple et évident, ne l’est plus du tout  pour la génération montante.

Il y a belle lurette que l’engagement pour la vie est passé au rayon des images d’Epinal pendant que la famille se décompose et se recompose à tours de bras. Et certains d’ajouter que c’est très bien comme ça, que notre époque était hypocrite, que l’amour ne dure pas toujours et que la fidélité n’était qu’un mensonge imposé par nos scrupules bourgeois.

D’autres, encore plus « branchés », vont plus loin et ringardisent toute référence à une quelconque vertu, conçoivent la vie amoureuse comme une succession d’aventures sans lendemain, en confondant le bonheur avec la jouissance sans obstacle, comme ils confondent l’amour avec la séduction et le plaisir sexuel.  L’idéal de ceux-là se limite aux slogans du marché comme ce célèbre « Parce que vous le valez bien ! »

Mais ce n’est pas à ces derniers que je voudrais m’adresser, nos univers sont trop éloignés pour qu’ils m’entendent. Non, c’est à tous ces jeunes qui vivent une relation amoureuse sérieuse et exclusive mais qui ne voient pas pour autant l’utilité de s’embarrasser par des liens officiels dans le mariage que je voudrais dire quelques mots.

Je voudrais leur dire pourquoi le mariage est une institution incontournable.

Pour cela, ils m’excuseront de revenir à l’essentiel, au risque de les ennuyer, avec un ton peut être un peu trop professoral.

L’homme est un curieux animal qui, bien qu’individu autonome, a besoin de ses semblables pour survivre. Et pour assurer la reproduction de l’espèce les humains doivent s’accoupler entre hommes et femmes. (Ce n’est pas là le plus dur de leurs devoirs !) Mais, au-delà de ces nécessités biologiques, les hommes aspirent à un plus. Ils aspirent à s’épanouir et ils en ont la capacité en eux-mêmes tout en ayant, ici aussi, besoin de leurs semblables. Car pour s’épanouir l’homme doit donner le meilleur de lui-même et pour donner le meilleur de lui-même, il doit …s’épanouir. C’est la loi de l’humanité : les hommes sont destinés à grandir et se développer par le don mutuel. Il n’existe pas d’autre voie.

Encore faut-il qu’ils en soient capables. Or, à la naissance l’homme est totalement dépendant, et dépendant de qui lui donnera tout. Plus encore que de nourriture physique, il a besoin de sécurité affective. C’est cette sécurité affective qui lui permettra de se construire une personnalité solide et équilibrée. En engendrant une nouvelle vie, l’homme et la femme forment la cellule sociale génitale première, et cette cellule offre la particularité d’être indissolublement biologique et affective. Cette cellule qui s’appelle famille, prodiguera à l’enfant l’irremplaçable sécurité affective et identitaire dont il a un besoin vital, de la naissance à l’âge adulte. Primordiale pour lui et pour son développement harmonieux, cette cellule familiale l’est donc tout autant pour la société qui a besoin de personnalités solides et équilibrées, à leur tour capables de s’épanouir en se donnant aux autres.

Pour le bien commun il est donc primordial que la cellule familiale se retrouve au centre des préoccupations sociales et qu’elle soit la priorité première de toute politique. Bien évidemment, en cas d’accident qui détruit cette cellule, la société doit tenter de lui trouver des palliatifs, mais il est tout aussi évident que ceux-ci, malgré l’admirable bonne volonté et la générosité de certains, n’en seront jamais que des ersatz.

La consécration du lien que créent les géniteurs entre eux est donc de première importance du point de vue social et politique. Pour le bien commun il est important que les unions soient instituées de la manière la plus solide possible. Il est donc bon qu’elles fassent l’objet d’une forme de solennité vis-à-vis de la Cité qui prend officiellement acte de la constitution d’une nouvelle famille dont la pérennité est essentielle. C’est le mariage, acté de manière solennelle par les autorités citoyennes, comme par l’ensemble des proches et de l’entourage. Par ailleurs, comme cette pérennité n’est pas aisée à préserver, il est bon que les mariés prennent à cette occasion un engagement public afin que toute la cité l’entende et les soutiennent. Enfin, l’ensemble des règles régissant la vie sociale doit être conçu en faveur de la solidité des cellules familiales.

L’authenticité de cette cellule, son identité indubitable, est aussi un élément de la plus lourde importance pour les enfants qu’elle engendrera, car c’est elle qui leur donnera leur filiation, leur identité et donc le socle même de leur liberté future.

Il ressort, je l’espère, de ces considérations un peu pompeuses, que le mariage devant la société civile est un acte indispensable et de première importance sociale. Par contre le concubinage « de facto » n’est pas une solution souhaitable.

Je crois aussi que ce n’est pas parce que toute la politique de nos pays durant ces dernières décennies va honteusement dans la direction exactement opposée à tout ceci, que ce soit une raison pour abandonner nos principes. Je crois, bien au contraire, que notre devoir à tous est de nous battre pour les remettre d’urgence à la place première qui est la leur.

Quant au mariage « à l’église », c’est une autre démarche. Elle est réservée aux croyants qui, en confirmant devant Dieu leur don réciproque, lui donnent une dimension sacramentelle indissoluble et appellent ainsi l’Esprit Saint en renfort pour qu’Il les aide à donner à leur petit amour humain une place unique et définitive au cœur de l’amour absolu, au cœur de l’amour divin.

Comme catholique je ne peux que souhaiter à chacun de connaître un jour un tel bonheur et ses conséquences, tout en répétant ici qu’avec lui, on ne voit pas le temps passer.

Merci encore à celle qui les a partagées, pour ces quarante années de bonheur.

 

Pascal.

 

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19 commentaires à propos de “Merci pour ces 40 ans !”

  • Jean-François Doat

    C’est bien involontairement que j’ai fait baisser la moyenne des votes … Désolé, ce n’était pas mon intention.
    J’ai un seul souhait à vous communiquer : persévérer sur cette voie – que j’ai également empruntée avec mon épouse il y a plus de 31 ans – car je crois que le bonheur est au rendez-vous, au bout du chemin …
    Et pas seulement pour ceux qui “tiennent bon” dans la tourmente, mais aussi pour ceux dont l’amour a été blessé, soit par une séparation, soit par une autre cause !
    Quant à nos jeunes, je leur accorde ma confiance : ils sont merveilleux et construisent dès aujourd’hui le monde de demain, tout en assumant celui que nous leur léguons : je les salue et les admire ! Puissent-ils ne pas me reprocher ce que j’ai pu croire bon de faire pour leur avenir …

  • E de Francquen

    Si tu ne te crois plus si incandescent,
    ce dont je me permets de douter,
    Tu es toujours bien vert !!!
    Bonne continuation.
    Etienne

  • Fernand Schmetz

    Félicitation et merci pour votre témoignage.
    Vous avez raison d’encourager la nouvelle génération à suivre la même voie.
    Mais, restons réaliste, ce modèle devenu minoritaire au cours des dernières décennies, le restera. Et finalement, pourquoi s’en plaindre ? Il appartient à chacun de trouver sa voie.

  • marielle Roland

    Si j’étais à votre place et cette chance que nous soyons toujours ensemble, je cultiverais notre jardin d’amour, je le déserberais, j’y planterais des milliers de fleurs de toutes les couleurs … Mais, je n’ai plus ce bonheur … il est parti à 59 ans et depuis 17 ans, je vis en enfer !

  • Jacqueline de Montjoye

    Cher Pascal,

    MERCI d’avoir partagé avec tes correspondants cet heureux anniversaire ! Très touchant ! Vraiment !

    J’aime aussi la touche référant à la lamentable littérature commise par l’ex ‘première dame de France’… ! A la différence que chez toi, c’est un vrai MERCI ! Sans amertume aucune ! A la gloire de l’Amour conjugal !

    Aussi est-ce à moi de t’adresser ma reconnaissance pour ce beau témoignage qui fait si chaud au cœur ! D’autant plus chaud que je n’ai moi-même pas réussi cet itinéraire auquel je croyais pourtant dur comme fer…

    Ainsi va la vie !

    Avec toutes mes félicitations à partager avec Nadine ! Que les prolongations soient longues et belles aussi !

    Que le Seigneur vous garde en Son Amour et vous guide en toute chose !

    Jacqueline

  • Fr. Christian Eeckhout

    Bravo pour votre témoignage de mariage !!
    « Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie : elle est parfaite. » disait Jean le baptiste en parlant de Jésus (Jn 3,29). Je suis également joyeux de lire ce témoignage de Pascal à l’occasion de ses 40 années de mariage. Pas plus que saint Jean je ne puis nommer – pour la féliciter – le nom de l’épouse, car il n’est pas mentionné. 😉
    Oui pour la Bible l’engagement nuptial est signe de l’union fidèle de Dieu et de son peuple, incarnée dans l’union indéfectible du Christ Jésus et de l’église. Le sacrement du mariage religieux est justement d’aimer jusque-là : être dans le monde preuve visible de cette qualité d’amour de Jésus, être pour les autres signes de la fidélité divine. Prions donc pour les jeunes d’aujourd’hui car le défi est celui-ci : vouloir s’engager à être ensemble témoins de l’amour de Dieu dans leur amour humain et de l’ouvrir à la vie avec générosité.
    A juste titre, vous avez exprimé le don mutuel « nous sommes l’un à l’autre » ! C’est la foi conjugale et la confiance mutuelle. Dans le mariage s’y ajoutent la génération et l’éducation des enfants.
    Mais un prêtre peut-il parler du mariage ? Ayant grandi dans une famille catholique nombreuse dont les parents ont pu fêter 60 ans de mariage – mettant en relief la valeur de la patience – je puis au moins donner un témoignage après 60 ans d’existence, des amitiés humaines stables et fortes, assorti de la conviction que seul l’amour de Dieu est pleinement comblant.
    En demandant à Dieu de bénir le libre engagement mutuel volontaire d’un homme et d’une femme, j’admire et encourage toujours la joie qui s’y exprime. Et la joie du prêtre est de pouvoir proclamer que « Dieu est présent en notre monde » lorsqu’il peut désigner des époux qui vivent d’un amour portant du fruit et qui progresse en se renouvelant dans la promotion humaine et spirituelle réciproque.
    Les parents qui vivent de l’amour de Dieu et du prochain par l’exemple et la parole n’ont pas à culpabiliser si la génération suivante ne prend pas le même chemin. Mais en voyant la fidélité du ménage dans et par-delà les épreuves, le prêtre peut parler de l’amour véritable et de la réconciliation en tant que valeurs positives. En considérant le dialogue et la transmission de ces valeurs dans la famille, il peut compter sur les parents pour la transmission de l’amour de Dieu et du prochain avec foi, espérance et charité. En effet « la vie est parfois dure, mais l’amour reste » !

  • Jean-Francois de M.

    Merci pour ce beau et vrai témoignage. Merci d’avoir le courage d’aller à contre-courant.
    On vous souhaite de poursuivre dans la même voie. On vous précède un peu, de quelque dix-sept années et nous cherchons tout simplement à être une sorte de modèle vécu pour nos enfants et petits-enfants, Ce qui n’empêche pas que nous-mêmes déjà nous en ayons retiré bien du bonheur, malgré les heurts et difficulté inhérente à une vie bien vécue, bien remplie. Merci les parents de nous avoir montré le chemin, simplement, sans grands discours, de nous avoir ouvert l’esprit pour comprendre qu’il faut s’engager et ensuite toujours chercher à tenir ses engagements. Si, pour certains cela s’avère difficile, qu’ils sachent que surmonter les difficultés, les vraies, est ce qu’il y a de plus gratifiant. Et cet accomplissement, ce bonheur – n’ayons pas peur des mots – sont alors consciemment ou même inconsciemment ressentis et partagés par tous ceux que l’on côtoie.
    Mais ne jetons jamais la pierre à ceux qui n’ont pas réussi à atteindre ce but.
    Nous qui avons du bonheur à partager, tendons leur la main et qui sait …

  • Marie dL

    Toutes nos félicitations !!
    Nous allons poursuivre votre exemple, sommes à 10 ans … ; )
    Les phrases que j’aime :
    “notre devoir à tous est de nous battre pour les remettre d’urgence à la place première qui est la leur ”
    “et appellent ainsi l’Esprit Saint en renfort pour qu’Il les aide à donner à leur petit amour humain une place unique et définitive au cœur de l’amour absolu, au cœur de l’amour divin.”

  • Vik Eg.

    Félicitations!

    Moi-même j’étais marié durant 57 ans (ma femme est décédée il y a deux ans après 6 ans de maladie, je l’ai soignée jour et nuit)). Je sais donc ce dont je parle. La vie est parfois dure, mais l’amour reste.

    Vik

  • Luc de Vidts

    Félicitations pour vos 40 ans, merci et félicitations pour la profondeur de votre témoignage superbement formulé ……….

    Luc de Vidts.

  • Denise Robyns

    Merci pour votre joie partagée et BRAVO!!
    Je suis entièrement d’accord avec le texte que vous avez la gentillesse de nous envoyer…bien que mon mari aie quitté le foyer il y a 37 ans ;-(
    Avec mes félicitations les plus vives, je vous souhaite plein de bonheur rayonnant à vous et à votre épouse.
    Très cordialement

  • Claude de Villenfagne

    Cher Pascal,

    Isabel et moi, nous fêterons nos 50 ans de mariage l’année prochaine. J’ai l’impression que ton message est le mien (mais probablement mieux écrit). La joie partagée de pouvoir regarder l’avenir assis sur une base solide nous enchante chaque jour de façon renouvelée.
    Ce lien exprimé sans ostentation ni démonstration conforte ton entourage proche et lointain. Bravo de l’avoir communiqué.

  • t'Kint de R. François

    C’est dans la joie et avec la décision commune évidente de poursuivre notre vie partagée de joies et d’épreuves, que nous avons fêté en mai 2013, le cinquantième anniversaire de notre engagement devant Dieu et les hommes.
    Dans le but de resserrer encore notre clan familial et de transmettre notre exemple nous avons fêté ce moment fort par un pèlerinage d’une semaine en Terre sainte avec nos enfants et petits enfants (17) en novembre 2013.
    Nous pouvons témoigner de que ce fut une très grande joie partagée et qui a profondément impressionné tous les participants, particulièrement les petits enfants dont les âges s’échelonnaient entre 12 et 22 ans.
    Nous étions conduits par un frère Dominicain belge de l’Ecole Biblique de Jérusalem.
    Expérience à conseiller très vivement à tous ceux qui sont en mesure de le faire.

  • Didier

    Comme tu as mille fois raison ! Quel beau témoignage… Belle déclaration que je reprendrais bien pour fêter nos 25 ans… dans quelques mois!
    Mais pourquoi les politiciens vont-ils dans le sens inverse ? Est-ce parce que certains ont “déchanté” qu’ils voudraient que d’autres les suivent… pour ne pas se sentir trop coupable ?
    Certains mariage sont de vrais échecs, il faut le constater. Mais pour beaucoup d’autres, c’est la prairie d’à côté qui semble plus verte… alors qu’il est tellement plus enrichissant de mettre l’engrais dans sa propre prairie ! Cela permet d’avoir des fleurs plus belles chaque année.

    Bon anniversaire de mariage !

  • François

    Félicitations à vous deux, et merci pour la force de votre engagement. Sachez à quel point j’apprécie que ce solide engagement déborde – de loin, avec surabondance – non seulement le coeur toujours brûlant mais même la paisible périphérie de votre cellule familiale. Continuez à rayonner!

  • Victoire

    Merci infiniment pour ce témoignage TRES fort!
    Nous devrions mettre en place un calendrier partagé sur Facebook de nos anniv de mariage!

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