L’Etat cancer.

S’il est un thème central dans les politiques exigées par la gestion de la crise financière que nous traversons, c’est celui de l’(in)efficacité des sacrifices imposés pour y répondre.

Notre système actuel, construit sur l’interventionnisme qu’exigent les politiques de la particratie, est obligé de rançonner les Belges.

Nous pouvons d’ailleurs commencer par constater  qu’il augmente sans cesse, pour ce faire,  le nombre des agents du fisc. Il faut savoir qu’à ce jour, notre ministère des finances compte, à lui seul, plus de 26.000 agents. Ajoutez-y les sbires régionaux, les innombrables préposés communaux et provinciaux qui s’occupent de percevoir vos sous à tout propos, et enfin tous ceux qui, dans les autres administrations, cultivent et récoltent les charges dites sociales et parafiscales de tous ordres, et vous constaterez avec moi qu’ils forment une armée bien plus nombreuse que notre malheureuse défense nationale qui ne peut plus compter aujourd’hui que sur un contingent (encore contesté) de 33.700 hommes ! Il y a donc, à ce jour dans notre pays, bien plus de fonctionnaires en charge de faire payer le Belge que de soldats pour le défendre.

Intéressant constat !

Par ailleurs vous noterez que, dès qu’il s’agit de diminuer les dépenses publiques, interviennent des cohortes de clients du système et autres économistes stipendiés, pour hurler comme gorets qu’on égorge, et pour brandir le spectre fatal de la récession, à défaut de relance par la consommation des ménages. Ces gens-là vous expliquent sans rire qu’il faut augmenter les recettes publiques (entendez les impôts, les taxes et les autres prélèvements) et prendre ainsi l’argent de tous pour le donner… à tous (sauf aux salauds de riches bien entendu) afin de relancer notre consommation et donc l’économie. N’étant pas économiste je n’ose évidemment pas porter de jugement sur ce curieux tour de passe-passe. Je me contente simplement de ne pas lui faire une confiance aveugle tant que je ne le comprends pas.

Ce que je comprends par contre tout à fait bien c’est que, quand les gens qui vivent du système prétendent qu’en matière de réduction des dépenses publiques « on est arrivé à l’os », c’est qu’ils comprennent que cet « os » n’est rien d’autre que leur ordinaire à eux. Et ils n’ont pas tort. Il est évident en effet, pour l’observateur de bon sens, que ce qui fait problème n’est pas seulement la gourmandise de l’Etat, son premier péché, mais aussi et surtout la mauvaise graisse accumulée par notre système et l’usine à gaz qu’il est devenu en multipliant rôles et fonctions, depuis les illusions de l’époque des trop glorieuses années soixante.

Il fut un temps où des gestionnaires très sérieux conseillaient à chacun, envers et contre la sagesse la plus élémentaire, de s’endetter sans hésiter afin… de s’enrichir !  Cette calamiteuse école de l’irresponsabilité, deuxième péché de l’Etat moderne, permit aux pouvoirs publics de financer par l’emprunt les politiques socialistes les plus folles, et l’Europe tout entière succomba à cette tentation de démagogie trop facile qui promet toujours plus à l’électeur, en imposant toujours plus le contribuable. Notre malheur veut que l’électeur ne semble pas souvent comprendre qu’entre lui et le contribuable, il n’y a pas de différence, et qu’au passage, son bel argent nourrit les cohortes de ceux qui le lui prennent pour mille bonnes raisons. C’est ainsi que se sont formées des montagnes de dettes publiques démentielles, et si les astuces des financiers, développées depuis les années nonante pour en multiplier artificiellement les volumes de façon totalement irresponsable, ont été suivies avec enthousiasme, c’est encore et toujours au même type d’aveuglement que nous le devons.

Mais ce résultat calamiteux a une troisième dimension. Au-delà de sa gourmandise naturelle, au-delà des dettes faramineuses et de son irresponsabilité structurelle, il y a plus grave encore : c’est le péché de démagogie interventionniste. Depuis ces mêmes décennies, une démagogie à faux nez social et sécuritaire a développé, chez nous, un cancer administratif et règlementariste qui développe chaque jour de nouvelles métastases.

Le mal consiste à confondre systématiquement la gestion et la réglementation. Le politique, poussé dans le dos par les idéologues socialistes et aujourd’hui par les dogmes de l’écologie, s’introduit partout et règlemente tout, jusqu’aux gestes les plus privés de la vie des familles. Le drame veut que ce règlementarisme trouve aisément dans le peuple tous les collabos nécessaires. Dans chaque profession, dans chaque activité, partout, des citoyens voient leur intérêt personnel à exiger une nouvelle règle, un nouvel interdit et surtout, à s’en faire reconnaître gardien. Comme il est bon de contrôler le travail des autres, plutôt que de travailler soi-même ; comme il est facile de justifier un rôle inutile dès qu’une règle vient l’imposer !

Les conséquences de ce mal endémique sont incalculables :

§        Il paralyse tout d’abord les velléités d’entreprise à tout niveau : entreprendre, engager, construire ou rénover, sont devenus chez nous autant de calvaires.

§        Il encrasse les rouages de toutes les professions par des exigences administratives démentes. Les professions les plus précieuses pour la société, comme la police, le secteur médical et l’enseignement, sont sans doute celles qui en souffrent le plus, mais toutes sont touchées.

§        Il atteint enfin le cerveau pour entrer dans les mentalités où il étouffe le sens de la responsabilité et ainsi la véritable liberté. Nous sommes repassés en quelques décennies d’une société où la liberté était un a priori, où tout ce qui n’était pas interdit était autorisé, à une société de l’interdit, où le peu qui n’est pas encore règlementé est suspect et ne perd rien pour attendre.

Il n’est pas difficile de comprendre que ce mécanisme qui institue l’irresponsabilité comme mode de gestion a déteint sur les consciences personnelles et qu’aujourd’hui, pour le plus grand nombre, le bien et le mal n’est plus une question de conscience ; est bien ce qui est  légal et conforme, et mal tout ce qui ne l’est pas.

Face à un tel constat, nous ne pouvons que proposer une fois de plus non pas une réforme, mais bien une véritable révolution du système au sens mécanique du terme.

Nous ne croyons pas le système adaptable par quelques réformes qui le laisseraient fonctionner un peu moins mal plus longtemps. Nous croyons qu’il faut renverser les processus. C’est-à-dire qu’il ne faut pas « essayer de faire des économies », il faut repartir d’une feuille blanche et décider de ce que l’Etat doit faire et de ce qu’il peut encore faire en fonction des moyens que nous acceptons de lui donner.

Il faut aussi déréguler selon le même principe : repartir de zéro. Puis ne remettre en vigueur que les règles indispensables et les organismes qui prouvent leur efficacité économique et sociale, les autres doivent être mis en liquidation sans délai ni regret.

Il est évident que le ballon d’oxygène économique et social que provoqueraient de telles mesures fera bien vite oublier les sacrifices ponctuels qu’il aura exigés temporairement.

Les prudents nous accuserons d’idéalisme, et ils auront raison, mais devant l’état du délabrement que nous constatons tous les jours, nous le prenons comme un compliment, car seule une dose énorme d’idéalisme permettra de venir à bout de ce cancer qui ronge notre pays comme toute l’Europe.

Pascal de Roubaix.

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