Le désert de droite en Belgique francophone.

n° 11 le 1er février  2010

Le désert de droite en Belgique francophone.

Il ne faut pas être extralucide pour observer que l’approche de la présidence belge de l’UE, cumulée aux conséquences inévitables de la crise économique et sociale qui suit la débâcle financière de l’an dernier, apporte un répit plus ou moins forcé aux querelles politiciennes belgo-belges.

Ceux qui, du côté francophone, ont été exclus du pouvoir régional suite aux accords post-électoraux de 2009, en profitent pour se repositionner bien à temps avant le scrutin national de juin 2011.  C’est ainsi que nous assistons à de grandes tentatives de métamorphose menées par le MR et son satellite FDF.  Crise économique oblige, pensent-ils, il est plus que temps de se refaire une façade plus « sociale ».

Le Beffroi est  bien obligé de constater que, par ces manœuvres, la mouvance « réformatrice » s’écarte encore davantage des options de vraie liberté et de responsabilité personnelle.

Au FDF où l’on parie lamentablement et fort cyniquement sur une séparation inéluctable d’avec « les Flamands », on pousse assez logiquement dans le sens d’une forte cohésion Wallonie Bruxelles, prélude d’une petite Belgique-croupion francophone.  Dans cette logique, il n’y a plus de « front » des francophones mais une bien plus large auberge pour tous les « Fédéralistes  Démocrates Francophones » et des listes FDF en Wallonie trouvent tout leur sens.  Il est simple de comprendre, en effet, que le jour où, sous son faux nez confédéral, la séparation tant attendue sera effective (ce qu’à Dieu ne plaise mais c’est ce qu’ils envisagent), il n’y aura plus de raison d’avoir peur des «Flamands ».  Plus d’ennemi, plus de raison d’être pour le FDF !  Il est donc grand temps de se donner une nouvelle image et d’élargir son champ d’action.

Ajoutez à cela, s’il faut encore parler du CDH, que sa véhémente présidente qui ne peut s’empêcher de «bouffer du loden vert» en privé, veille à s’en prendre publiquement aux patrons avec plus de brutalité qu’une déléguée syndicale en grève, dans l’intention manifeste de ratisser toujours plus à gauche, tout en vitupérant le MR qui a l’audace de toucher à ce qu’elle considère comme son monopole, son label blanc-bleu centriste:  l’« humanisme » sauce orange.

Toutes ces observations nous mènent à constater avec toujours le même étonnement que, du côté des libertés et du refus d’un Etat « mère poule », le boulevard s’est encore élargi.

Il semble que l’oligarchie au pouvoir soit bien sûre d’elle et pense qu’au vu de tous les avantages qu’elle distribue à ses clients électeurs, aucune contestation solide ne puisse venir d’eux.  Il n’est pas inexact d’ailleurs que l’emprise du pouvoir public ou parapublic, sa présence à tous les coins de nos activités, est telle aujourd’hui, chez nous, que très rares sont ceux qui peuvent se permettre, ou qui ont la moindre envie, de le critiquer ouvertement.  Et le Belge semble de plus en plus préférer se taire que de prendre un risque, si faible soit-il.  Un « à quoi bonisme » généralisé laisse ainsi les coudées franches à la dérive oligarchique aujourd’hui avérée.

Et que faites-vous du PP de Me Modrikamen?, vont nous demander certains.

Nous leur répéterons notre grand scepticisme car, si beaucoup de ses propositions sont bonnes et même excellentes, les bases de son action et sa manière de faire nous semblent douteuses.

Pour contrer un phénomène d’aussi large envergure que la dérive de notre régime, il nous semble qu’un programme électoral, aussi bon soit-il, n’est absolument pas suffisant. Il faut en effet d’abord et avant tout revenir au principe fondamental de la recherche du bien commun ;  le « Bonum Commune » qui semble être devenu le dernier des soucis de la classe dirigeante.  Il faut d’abord un mouvement de fonds, construit sur des bases en béton, faites des grandes valeurs de liberté, de responsabilité et de générosité, et capable d’enthousiasmer une armée de militants levée contre le matérialisme, le consumérisme hédoniste, et leur interventionnisme à tout crin.

Pour mener une telle entreprise nous pensons qu’il faut des dons personnels que nul ne nie à Me Modrikamen, mais d’abord et surtout il faut une profonde et totale abnégation personnelle pour se mettre,  sans autre calcul,  au service des autres.  Avouons que nous lui prêtons plus difficilement cette qualité-là,  et que son tristement célèbre acolyte a fait largement la preuve d’en être totalement dépourvu.  Le PP semble miser sur l’argent  (il lui en faudra encore beaucoup),  sur les médias et une réussite rapide, mais hélas  pas sur un socle solide, ni sur le militantisme et une démarche dans la durée;  nous pensons qu’il se trompe et nous trouvons ça très dommage.

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