Il n’y a qu’une recette pour l’emploi : Le Travail !
work

Travaillez, prenez de la peine,

c’est le fonds qui manque le moins.

INTRODUCTION

Certains qui me connaissent bien, souriront en lisant sous ma plume une ode au travail, moi qui fut toujours à leurs yeux, et qui suis encore objectivement un « gros paresseux ». Mais ils reconnaîtront, pour ma défense, que je dissimule habilement ce vice-mère derrière un paravent d’activité inlassable qui fut souvent débordante et me conserve à ce jour, du moins je l’espère, une certaine jeunesse.

Mais ce n’est pas de moi qu’il doit être question ici. Je pense simplement qu’il est temps – le calendrier est impitoyable – de mettre par écrit un certain nombre d’observations et de réflexions que m’ont values, (après la banque, la politique et une tentative d’édition) plus de 25 années d’activité dans le domaine qu’on appelle assez justement (1) celui des « Ressources Humaines ». Après avoir aiguisé jusqu’à l’excès mon observation critique du fonctionnement de notre pays et de son système politique, je me suis mis, durant des milliers d’heures d’interview, à observer les hommes dans leurs difficultés professionnelles et les circonstances qui les y avaient jetés.

Cette activité d’une richesse humaine constante m’a mené à mieux aimer, chaque jour, les personnalités de chacun, et à détester tous les jours d’avantage les erreurs d’organisation par lesquelles les brime notre système actuel.

J’espère donner, dans les pages qui suivent, un aperçu des moyens personnels dont je crois que chacun peut disposer pour améliorer sa propre démarche, puis, dans la poursuite de cette logique, une vision globale, une redécouverte du travail qui doit nous débarrasser de ce qu’il faut bien appeler actuellement notre honteuse culture du chômage.

(1)Certains détestent cette dénomination qu’ils accusent de ravaler le travail humain au rang de ressource naturelle comme un minerai ou un combustible fossile. Personnellement, je lis bien plus que ça dans le mot « ressources » qui me semble contenir tout le potentiel de l’homme allant du matériel jusqu’au spirituel.

Chapitre 1

Chacun son travail, chacun son projet.

Comme je cherchais à structurer mes idées sur ce sujet, me revint une anecdote vécue, illustration du fossé qui sépare la réalité du travail et de l’entreprise de ce qu’en pensent le monde politique et son administration.

Nous devions participer à un panel d’une conférence-conseil pour jeunes diplômés lors d’un de ces salons de l’emploi qui commençaient à fleurir en toutes saisons depuis celle du premier choc pétrolier. J’y étais comme représentant du recrutement, mais, bien plus prestigieux que moi, il y avait là les DRH de plusieurs monstres sacrés ainsi qu’un directeur du Ministère de l’Emploi et du Travail qui portait costume trois pièces et ruban violet à la boutonnière. C’est à ce personnage que le protocole donna la parole en premier lieu. Et j’entendis alors le scandaleux discours du politiquement correct qui consacra la quasi-totalité de son temps de parole à exhorter ces centaines de jeunes qui étaient devant nous, à mettre au plus vite leurs papiers en ordre afin de pouvoir profiter sans un jour de retard de leur droit …au chômage.   J’étais outré, j’étais furieux, et quand vint mon tour de parole je ne pus m’empêcher de prendre, sans le citer, l’exact contre-pied du barbon. J’ai dit à ces jeunes que je leur interdisais de se préoccuper du chômage ou des démarches qui y mènent. Je leur ai dit de rêver, de voir grand, de prendre leur vie en mains, de se bâtir un projet, leur projet et que certains conseils entendus n’étaient que poison pour toute leur vie. Après mon intervention j’ai senti sur mon bras la main de mon voisin, DRH d’une de nos plus célèbres sociétés de distribution et « pape » dans son métier. Il me remercia pour avoir dit clairement ce qu’il pensait et qu’il ne pouvait pas, dans sa position, exprimer avec autant de liberté. Par-contre, le vieux fonctionnaire n’avait pas réagi, mais j’ai appris par la suite qu’il avait interpelé les organisateurs en exigeant, furieux à son tour, qu’une prochaine fois ils contrôlent mieux la « qualité » des intervenants.

Cette petite histoire, en soi sans importance, me semble pourtant très parlante. On y perçoit clairement que le discours du système poursuit l’intérêt …du système (tous assujettis au plus vite) et que celui-ci est à mille milles de l’intérêt de l’entreprise et surtout parfaitement opposé à celui des particuliers concernés, à savoir, ici, les étudiants en fin de parcours.

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Les prémisses.

 

Si vous le voulez bien nous allons repartir des fondements pour bien situer le problème du travail. Commençons donc par nous demander où se trouve l’intérêt de l’individu dans la société, l’intérêt du citoyen parmi les autres citoyens.

L’individu humain est un curieux animal qui ne peut se passer de ses semblables. Incapable de se développer seul, il ne trouve son véritable épanouissement qu’en apportant à ses semblables ce qu’il a de meilleur. Mais pour pouvoir donner ce qu’il a de meilleur, il est simple de comprendre qu’il doit être le plus épanoui possible. Bref l’homme a besoin de se donner pour être heureux, mais a besoin d’être heureux pour se donner. Voilà un destin fort simple et qui me semble enthousiasmant mais que tous, hélas, ne perçoivent pas, ou pire, n’acceptent pas.

Certains confondent en effet volontiers l’avoir avec le bonheur, l’argent avec la réussite, et ils vous diront, narquois : « Bien sûr,  l’argent ne fait pas le bonheur, mais….il y contribue pour une bonne part ». Ce disant, ils se trompent. Non pas que cette expression éculée soit fausse, mais ils la comprennent de travers.

Je m’explique. Tout homme doté d’un minimum de sagesse reconnaîtra que ce n’est pas le fait de détenir de grands moyens qui augmente le bonheur et, qu’au contraire, la richesse dénature souvent la qualité des rapports humains en isolant le riche de ses semblables.  En ce sens il est évident que l’argent ne fait pas le bonheur. Mais quand on ajoute qu’il y contribue pour une bonne part, on ne veut pas dire que le fait d’avoir des richesses est, en soi, une grande partie des clefs du bonheur. Il ne faut pas prendre cette affirmation avec ironie. Il est tout à fait vrai que l’argent « contribue » au bonheur puisqu’il est un moyen, un puissant moyen d’agir, de bâtir, de mener des projets et, finalement, d’apporter aux autres ce qu’on ne pourrait leur apporter sans lui. Dans ce sens, oui, l’argent contribuera en grande partie au bonheur de celui qui peut l’utiliser. Non pas de celui qui se contenterait de le posséder mais bien de celui qui l’utilise.  L’argent est un moyen, un carburant, et donc il n’est JAMAIS un but. (Tous ceux qui croient pouvoir en faire le seul et unique but du « capitalisme » se trompent lourdement, ou nous trompent sciemment) L’argent, ou plutôt les avoirs qu’il permet, constituent un des carburants important de nos énergies. Il ne peut donc jamais être notre but, mais un moyen, un outil utile, voir indispensable à notre bonheur.

Pourquoi ce petit discours de philosophie de feu de camps ?

Pour mieux vous faire partager le constat central que j’ai pu faire tout au long de milliers et de milliers d’heures de discussion avec des centaines et des centaines de plus ou moins jeunes interlocuteurs en mal de travail ou de projet.

A chacun son carburant.

 

Le constat est simpliste mais indiscutable: dès que nous agissons, nous consommons de l’énergie. Cette énergie brûle un carburant, le contraire est impossible. Or ce carburant n’est pas fait que de nourriture physique et de sommeil revigorant. Ce carburant est fait d’un ensemble d’éléments qui, quand ils nous sont livrés en flots continus, nous mènent à nous dépenser sans difficulté et parfois même sans fatigue et sans percevoir l’effort fourni.

Partant de là, je me suis dit qu’il ne serait pas inutile pour chacun de connaître la composition de son propre carburant, car, figurez-vous que cette composition est très loin d’être uniforme et qu’au contraire, chacun a le sien qui diffère de celui du voisin et qui évolue aussi tout au long de la vie.

L’ « Avoir » dont nous parlions ci-dessus, est loin d’être la seule composante de ce carburant. Un minimum d’observation et de connaissance de la nature humaine reconnaîtra, indissolublement mélangés dans une mixture propre à chacun, une série d’éléments plus ou moins présents, qui vont du pouvoir à la reconnaissance affective, de l’esthétique à la reconnaissance publique, du grade, des titres, des décorations et autres colifichets, aux applaudissements et à la joie créative, etc. etc…. Chacun peut y ajouter ce qui lui est propre, jusqu’à et y compris la nourriture spirituelle et la mystique, mais en faisant grande attention à ne pas céder à la tentation d’embellir les choses. Les composantes de nos carburants ne sont ni glorieuses ni honteuses, elles sont toute simples, « primaires » et très humaines. Celui qui pense qu’il est au-dessus des honneurs ou des joies du pouvoir, par exemple, celui qui se croit totalement désintéressé de l’avoir, sera peut-être très surpris de constater, s’il analyse objectivement son vécu, que ce n’est pas tout-à-fait le cas.

J’ai essayé, faute de pouvoir être exhaustif, de dresser une petite liste de composantes les plus communes de nos carburants. Le résultat est assez simple :

  • L’AVOIR et tout ce qui s’y rattache.
  • Le POUVOIR à tous les niveaux.
  • Les SIGNES de reconnaissance, honneurs, grades, titres, vêtements etc. etc.
  • Tous les types de RECONNAISSANCE du plus personnel (même inconsciente) jusqu’au plus public.

Exemples :

Etre digne de … (chacun sa tradition)

La reconnaissance affective des proches

La reconnaissance affective de l’équipe, puis du groupe.

La reconnaissance de sa propre notoriété  vis à vis de ses pairs.

La reconnaissance du monde extérieur (réputation, visibilité)

La reconnaissance du grand nombre (vedettariat)

  • L’ouvrage accompli.
  • La joie créative.
  • La satisfaction intellectuelle ou esthétique.
  • Le plaisir de servir,
  • le don de soi,
  • la relation mystique  etc. etc.

La bonne méthode pour effectuer cette analyse sur soi n’est pas de se tâter le pouls en se disant : « moi, je suis comme ceci ou comme cela ». La seule vraie méthode pour ne pas se tromper soi-même est d’analyser honnêtement sa propre histoire. Il suffit pour cela de se remémorer les moments et les périodes de sa vie où on s’est senti en pleine forme, où on a été performant et heureux de l’être, où on a connu un moment de gloire ou de satisfaction profonde et pas seulement dans le contexte d’activité professionnelles. Ca peut être un instant ou de longues années, ça peut être tout à fait intime ou carrément publique. Le tout est de noter chacun de ces temps, d’effectuer sur chacun d’eux, successivement, un « arrêt sur image », et de déterminer les constituantes de carburant dont notre énergie a effectivement profité à ce moment-là. La suite de ces observations révèlera inévitablement des constantes, et ces constantes sont, que vous le vouliez ou non, celles de votre carburant.

 

A chacun son projet.

Ce petit exercice personnel me semble tout-à-fait primordial et j’ai envie de crier sur tous les toits son utilité première pour permettre à chacun de ne pas se tromper sur ce qu’il peut envisager raisonnablement comme type d’activité pour être performant, et donc, le genre de projet dont sa vie peut être faite.

Certains me rétorqueront, peut-être très sincèrement, qu’ils ne pensent pas que leur motivation soit aussi simpliste pour ne pas dire basse et vulgaire. Ils ne veulent pas se sentir « motivés » par des carburants aussi primaires. Je les comprends mais je les invite à la prudence, à l’honnêteté et à la clairvoyance, tout en ajoutant un point qui me semble essentiel pour que mes observations ne heurtent pas de front nos éducations culpabilisantes judéo-chrétiennes. Je pense que le carburant de notre énergie n’a pas lui-même de dimension morale. Je crois que la dimension morale n’entre en ligne de compte que dans notre attitude par rapport au carburant. Je veux dire qu’avoir, par exemple, besoin d’être le petit ou le grand chef pour réaliser un projet, n’a rien, en soi, de mal ou de bien. Par contre manœuvrer pour être le chef, quitte à faire échouer un projet, est une faute morale. Le mal n’est pas dans la nature du carburant, le mal vient de notre attitude vis-à-vis du carburant. Dès que le carburant est pris lui-même comme but, comme objectif, il y a faute. Le vice commence là où l’acteur joue pour le carburant au lieu d’utiliser le carburant pour porter le projet.

Les exemples le font voir très clairement : il est normal de chercher les moyens nécessaires à un projet, il est indispensable de veiller sur les marges bénéficiaires pour la pérennité de l’entreprise, mais rechercher l’argent pour l’argent devient vicieux. Le but d’une entreprise, quelle qu’elle soit, n’est pas le bénéfice pour la bonne raison que le bénéfice est un moyen, certes indispensable, mais un moyen pour mener l’entreprise à accomplir son projet. Dès qu’on se retourne vers le carburant en oubliant qu’il n’est là que pour permettre une réalisation, on tombe dans une attitude intrinsèquement vicieuse. L’argent pour l’argent, le pouvoir pour le pouvoir dont l’ivresse (c’est le bon mot) est indicative du vice, les applaudissements pour eux-mêmes qui transforment l’acteur en cabotin, la course aux honneurs qui  flatte l’orgueilleux et le rend imbuvable, l’abus même d’esthétique qui tombe dans le maniérisme, ou de recherche intellectuelle qui par fatuité éloigne du réel, l’excès même de mysticisme qui en oublie l’humain, chaque fois que nous oublions de maintenir sagement le carburant à sa place et que nous le prenons comme but, nous entrons dans une démarche vicieuse. Mais tant que nous contrôlons le processus et que nos carburants ne font qu’alimenter notre énergie impliquée dans un projet, nous ne faisons que notre devoir avec sagesse.

Si chacun doit, comme je le pense, définir son projet dans la vie, il me semble indispensable qu’il s’efforce de bien analyser la composition nécessaire de son propre carburant afin de ne pas se tromper de projet. Je crois en effet que la pire des erreurs serait de décider d’un projet en négligeant de prêter attention aux carburants qu’il mettra à disposition. Car celui qui se dépensera sans recevoir ce dont il a besoin, celui qui brulera son énergie sans la ravitailler, finira tôt ou tard par s’éteindre. C’est ainsi que nous voyons certains n’être plus, après quelques années d’activité professionnelle, que la pâle copie de ce qu’ils ont été auparavant. C’est, je pense, la réaction toute simple de leur organisme qui, faute du carburant dont il jouissait précédemment, ne distille plus son énergie qu’au compte goutes afin de ne pas tomber en panne.  D’autre subissent une dépression parfois brutale. (On appelle cela aujourd’hui un « break down » ou un « burn out », comme si l’épuisement ne nous permettait plus de nous exprimer dans notre langue, sans doute elle aussi exsangue.) Enfin certains qui forcent malgré tout et maintiennent une vie trépidante sans recevoir le carburant qui leur est indispensable,  cèdent d’un seul coup et sont abattus en un instant par une crise cardiaque ou une AVC.

Le cérébral et le physique ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre, et celui qui dépense son énergie sans l‘alimenter du mieux qu’il peut, le paiera. C’est aussi simple que ça.

Chapitre 2

Emploi, le grand mensonge

Comme nous venons de le voir,  le travail prend sa source dans chacun de nos projets individuels. Ceci veut dire qu’aucun travail n’existe a priori. Le travail est l’activité que nous menons afin de donner à la société ce que nous avons de meilleur. Son organisation collective doit donc se faire de telle manière qu’elle agence au mieux possible les forces de travail diverses que chacun d’entre nous représente. Je ne vois pas comment on peut présenter l’organisation collective du travail en inversant totalement le courant, et en organisant nos pays comme s’il existait au préalable une sorte d’immense gâteau collectif, appelé Emploi, qu’un « deus ex machina » aurait le pouvoir de distribuer comme bon lui semblerait ou tout simplement à l’aveugle. Cette vision, pourtant omniprésente aujourd’hui, est un mensonge.

L’emploi, ça n’intéresse personne !

 

En matière de travail, je pense que nous avons tout faux ou, plus exactement, notre organisation sociale a tout faux. On nous parle d’emploi, de « demandeurs d’emploi », de « marché de l’emploi » et c’est une erreur, une erreur fondamentale. Il faut cesser de parler d’emploi.

Parler « d’emploi » à quelqu’un qui veut travailler, c’est comme parler « contrat de mariage » à quelqu’un qui cherche l’âme sœur. C’est faire tout ce qu’il faut pour le dégoûter et passer à côté de l’essentiel. Celui qui est marqué au fer rouge (oui, rouge !) du « demandeur d’emploi » fait penser à un chasseur de trésor qui, ayant le trésor dans ses mains, continuerait à étudier un parchemin qui pourrait indiquer son emplacement.

Je crois que la vérité est simple mais qu’elle prend toute notre organisation actuelle à rebrousse-poil : Il n’existe pas de « marché de l’emploi » ni de « demandeurs d’emploi ».

Réfléchissons deux secondes : qu’est-ce que c’est que l’emploi ? Ce n’est pas une chose, ce n’est pas un bien, ça n’a pas d’existence matérielle. L’emploi, c’est la vérification juridique et contractuelle d’une relation de travail. Personne ne vit d’une « vérification juridique ou contractuelle », au contraire, ce n’est qu’une contrainte d’organisation qui ennuie profondément chacun. (A l’exception des parasites juridico-socio-administratifs qui en vivent !).

Ce qui compte, ce qui existe, ce qui a de la valeur, c’est le travail. Il n’existe que le marché du travail.

Vous pensez que nous jouons sur les mots ? Pas du tout. Il ne s’agit pas d’une nuance sémantique ; il s’agit purement et simplement de l’ordre des choses.

 

Le Travail est dans les mains de chacun.

Chacun a, en mains, une certaine capacité de travail, et cette capacité, la société en a le plus grand besoin. Sur le marché du travail c’est l’entreprise qui est demanderesse et le candidat qui offre son travail. La preuve en est que les entreprises vont payer fort cher des capacités de travail, avant même qu’elles ne soient opérationnelles et donc rentables.

Il est urgent de tuer le mythe de l’emploi vu par les esprits déformés par des décennies de socialisme. Le travail, ce n’est pas une tarte qu’on partage. Le travail c’est une plante qu’on soigne, c’est une vigne qu’on cultive.

Le travail, c’est vivant.

Il n’existe aucune solution pour « créer de l’emploi » parce que le travail ça ne se décrète pas, ça se cultive. La seule et unique source du travail de l’un, c’est le travail de l’autre. La seule et unique manière de créer du travail, c’est… de travailler.

C’est le sens même dans lequel nous prenons actuellement le problème qui est erroné et la cause du chômage. Nous sommes responsables du chômage parce que tout est fait, dans notre société actuelle, pour l’organiser le mieux possible, alors que c’est le travail le plus productif possible, que nous devrions soigner aux petits oignons.

C’est le fonds qui manque le moins.

Dès qu’on regarde ainsi le problème du travail, en remettant la lorgnette dans le bon sens, on voit se dessiner les solutions.

On voit qu’un pouvoir public n’a pas à prendre l’argent de tous pour « créer de l’emploi » puisque ce qu’il croit gagner d’un côté, il le détruit inéluctablement de l’autre, pour la bonne raison que les vases de l’économie sont communicants. On voit que ce que doit faire le pouvoir public c’est favoriser l’entreprise et le travail productif qui seul, en se développant, créera le besoin de nouvelles capacités de travail. Pour cela, il ne faudra pas dessécher les sols de l’économie par des ponctions fiscales et parafiscales criminelles,  ou les étouffer sous des monceaux de règlementations  de plus en plus envahissantes, et presque exclusivement parasitaires. C’est  une première évidence.

On voit bien mieux où sont les responsabilités de chacun.

En utilisant les capacités de travail de ses collaborateurs, de ses travailleurs, l’entreprise crée un lien vital entre des personnes. Ce lien ne se limite pas à des clauses contractuelles du type « travail contre salaire » tout comme d’un autre côté, la responsabilité des propriétaires de l’entreprise ne se réduit pas à le notion de « capital contre rendement ».

On voit que le capital, comme le travail, et les bénéfices qu’ils engendrent, sont des outils. Chacun de ces outils est au service du projet de l’entreprise. Réduire celui-ci à un rendement maximum est non seulement une grossière erreur, mais une faute.

On voit que l’irresponsabilité, légalement organisée aujourd’hui, des propriétaires du capital par rapport à ce projet et à la vie des travailleurs, est tout aussi grave que l’irresponsabilité voulue des travailleurs par rapport aux rendements et à la propriété de l’entreprise.

On voit donc que c’est en réinventant des structures de responsabilités personnelles à tous les niveaux de l’organisation sociale qu’on sauvera le travail et non en prétendant créer des emplois artificiels.

On voit enfin (et surtout, serions-nous tentés de dire), que le travail doit retrouver sa place première dans l’éducation et l’instruction des enfants. Il est parfaitement absurde d’éduquer les jeunes d’aujourd’hui en leur répétant qu’ils peuvent agir selon leurs caprices et comme ils le sentent, sans les mettre devant leurs responsabilités.

Il est évident que le choix libre, ou plus exactement le choix irresponsable, tout au long de l’instruction, conduit à celui de la voie la moins ardue. Les critères de choix de la majorité des jeunes laissés à eux-mêmes sont, et c’est bien naturel, dictés par :

  • où vont les copains et les copines ?
  • quels sont les profs, les branches ou les écoles les plus « cool » ?
  • et aussi quel est l’horaire qui me convient le mieux ?

Certains vont aujourd’hui jusqu’à ajouter à cette fausse liberté, l’invention du « droit à l’emploi ». Mais attention, pas à n’importe quel emploi, non ! Un droit à se voir offrir un emploi dans le domaine de la formation que ces chers petits avaient choisie. Si ce n’est pas le cas et que la société ne peut offrir assez de postes dans le droit fil de leurs études, ils justifient ainsi, tout simplement leur « droit au chômage ». Une honte absolue.

Je ne me souviens plus de qui vient l’expression, mais il m’a été dit un jour : « Vous, les jeunes, vous avez une chance inouïe, vous pouvez faire ce que vous voulez. Ce que vous voulez, mais à une seule condition : c’est de le vouloir ! » Ce qui voulait dire que nous devions être prêts à assumer les conséquences de nos choix et que la liberté, la merveilleuse liberté des enfants de Dieu, a toujours un prix.

Il ne s’agit évidemment pas de contraindre les jeunes dans leurs choix, il s’agit, comme en toutes choses, de les éclairer sur les réalités de la vie, des métiers, et des conséquences de leurs choix. Chacun reste libre de faire ce qu’il veut mais personne n’est libre de faire supporter par la collectivité les éventuelles conséquences négatives de choix effectués à la légère.

Au lieu de stigmatiser honteusement tout quiconque a perdu la place qui lui permettait d’exercer son travail ou qui ne l’a pas encore trouvée, en le marquant comme « demandeur d’emploi », il faut remettre d’urgence dans la tête de chacun et surtout de chaque jeune qu’il construit sa vie, qu’il doit bâtir un projet, son projet, qu’il a entre les mains une capacité de travail remarquable et que là où se croisent ses capacités, ses compétences, ses aspirations et ses goûts, à son niveau, il est véritablement le meilleur.  Là est son projet, là est sa liberté et il est primordial qu’il perçoive qu’en conséquence, là aussi est son devoir.

Il faut enfin avoir l’honnêteté de lui faire comprendre que le chômage, s’il n’a rien de honteux, a été inventé pour les situations accidentelles et qu’il est donc inconciliable avec son projet.

Epilogue :

Certains vont sans doute m’en vouloir de détruire comme je le fais toute la construction de la société qu’ils ont voulue, et que j’ai en effet en horreur. Ils vont me considérer comme asocial pour ne pas dire antisocial et leur principal argument sera de mettre en exergue l’irréalisme irresponsable de mes propos.

Ma première réponse sera de conseiller à leur auditeur de bien observer celui qui parle de cette manière afin de vérifier si, comme par hasard, il ne vit pas très confortablement de la situation actuelle.

Ma seconde réponse sera de reconnaître que mon propos est en effet irréaliste « dans les circonstances actuelles ».  C’est que je crois que ce sont précisément ces circonstances qu’il faut modifier en repartant de la personne pour réorganiser le travail et le cultiver de telle sorte que chacun y prenne sa part.

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