Face au masque libéral de l’affairisme, complice d’un socialisme obèse, nous devons retrouver la liberté responsable.
Friedrich August von Hayek_0

Je pense faire partie de ceux qu’on peut appeler sans trop solliciter les mots : les «conservateurs». Et j’en suis heureux.

Dans un monde qui a cédé à toutes les tentations matérialistes et ne respecte donc plus les valeurs essentielles, je crois qu’il est primordial, pour le bien commun et surtout celui de nos enfants, d’oser agir à contre-courant. Il est impératif aujourd’hui, non plus seulement de défendre les valeurs universelles, mais tout bonnement de les restaurer, de les remettre à la place, première, qui est la leur.

Aujourd’hui il est de bon ton d’être « progressiste ». Vis-à-vis du politique, vis-à-vis des médias et des milieux qui soufflent l’air du temps, il faut une certaine abnégation pour se dire conservateur. Je pense que ce n’est pourtant que sagesse. Comme tout homme sensé, j’aspire résolument au progrès de l’humanité, mais je sais que ce progrès ne pourra se construire que sur un socle de valeurs intemporelles et universelles qui sont premières par rapport à nos raisons, nos ambitions et nos  appétits humains.   Si notre société occidentale ne progresse plus, si elle a plus que tendance à régresser dans tous les domaines, à l’exception peut-être du confort matériel de certains, c’est précisément qu’elle a oublié de conserver, de conserver précieusement, de conserver l’essentiel.

L’essentiel ?  Mais de quoi parlons-nous ?

Pour construire notre société humaine, ce qui est essentiel est très simple : c’est la qualité du lien social. C’est très exactement cette qualité qui a été négligée trop longtemps dans un Occident moralement fragilisé par des guerres monstrueuses, et matériellement trop gâté dans les décennies suivantes ; la qualité du lien qui fait d’un individu une personne. Cette qualité qui échappe totalement au matérialisme est celle du don de soi. En effet, pour s’épanouir, l’individu doit se donner et pour se donner, il doit s’épanouir. Il ne faut pas être docteur en philosophie pour le comprendre : c’est dans son don à l’autre que l’individu trouve sa dimension personnelle. L’individu ne peut se construire sans cette dimension sociale, et l’humanité n’a de valeur que la somme de celles des personnes qui tissent ainsi sa trame.

Pour que cette trame soit solide il faut que les liens individuels qui la tissent le soient également. Ici nous trouvons, de Platon à Benoît XVI, une parfaite continuité dans l’exigence de vertu. Il est tout à fait clair que le don de soi n’aurait pas de contenu dans la faiblesse, pas de sens dans le non discernement du bon et du bien, pas de valeur dans le laisser-aller ou l’injustice. Il n’y a pas de don de soi qui tienne sans qu’il soit étayé par l’honnêteté, la modestie, la force ou la clairvoyance. Il n’y a donc pas de tissu social véritable et solide sans vertu.

Je sens que ce langage va paraître austère à beaucoup de lecteurs. C’est qu’un discours, aujourd’hui totalement décalé, qui ose prôner la vertu sera immédiatement stigmatisé par le libertarisme moral de l’air du temps. J’entends d’ici les progressistes de tous bords hurler au retour de « l’ordre moral ».

Nous pouvons les tranquilliser tout de suite, il n’est pas question d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Il est, au contraire, impératif de respecter la liberté de chacun, car sans liberté la vertu ne serait plus que contrainte et perdrait toute richesse humaine. Dans un article précédent nous expliquions que la solidarité obligatoire tuait la véritable solidarité. De même il ne saurait y avoir de vertu sans liberté personnelle mais, attention, pas de liberté personnelle non plus, sans vertu. La liberté est le seul chemin de la vertu et la vertu est le seul chemin de la liberté. Voilà le libéralisme comme je l’aime, et comme nous voulons le défendre.

S’il faut aujourd’hui se montrer « conservateur » pour restaurer cette liberté-là, c’est-à-dire pour rendre sa responsabilité à la liberté, et bien nous serons conservateurs avec joie, sérénité, et une totale détermination.

Pascal de Roubaix.

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