Cultivons notre rage !

Chaque tentative d’analyse ou de simple observation de l’évolution politique de notre pays réveille en nous une sourde rage qui nous pousse à la révolte. Mais comme, face à cette envie de tout bouleverser, nous nous sentons parfaitement démunis, et comme, de plus, nous vivons dans une société pusillanime qui condamne d’avance le moindre geste viril, il ne nous reste plus qu’à fuir comme la peste la politique et ses sujets difficiles.

Il faut avoir contracté le virus politique le plus virulent pour avoir encore la folie nécessaire à tenter l’impossible.

Voyez le dernier exemple d’actualité : dimanche aura lieu la marche pour la vie à Bruxelles (1) et les citoyens belges, même ceux qui n’accepteraient jamais l’avortement pour eux ou pour leurs proches, penseront « à quoi bon ? »

Et pourtant la dérive en la matière est proprement scandaleuse, criminelle même au sens juridique du terme. En effet ce sont nos ministres qui font passer dans les écoles des circulaires où l’avortement, bien au-delà de la solution ultime et sévèrement conditionnelle prévue par la loi, est présenté comme « un droit de la femme». La femme « baas in eigen buik » pour reprendre toute la délicatesse de la  terminologie flamande qui situe mieux qu’en français le niveau d’élégance morale de ces olibrius.

Cette lamentable loi avait dépénalisé certains avortements à des conditions précises. (Sans ces conditions sévères, jamais elle n’aurait emporté la majorité.) Toute autre forme d’avortement reste donc un crime, lourdement puni par le code pénal.

Présenter l’avortement en général, pardon, l’IVG ! comme un « droit de la femme » sans plus aucune référence aux conditions légales, est donc une désinformation banalisant un crime. Et le crime est double quand il est le fait des pouvoirs publics.

A l’exception d’un excellent article collectif dénonçant cette dérive dans les colonnes de la Libre Belgique, (mais quelle heureuse surprise !) rien, personne dans le monde politique, pour relayer la fureur des braves gens face à ce scandale d’une gravité sans précédent.

Mais les sujets éthiques sont loin d’être les seuls à ranimer notre rage. Faites l’expérience ! Lancez en public le sujet d’un abus politique, d’un interventionnisme insupportable, d’un gaspillage éhonté ou d’une incohérence néfaste, dans n’importe quel domaine, et vous verrez fleurir les cas les plus divers, chacun tenant à  ajouter, en ce qui le concerne, un nouvel exemple dans son secteur à lui.  Essayez, a contrario, de trouver une profession heureuse, un usager enthousiaste, un administré comblé  .… un silence de plomb vous répondra qui ne sera brisé que par une nouvelle bordée de récriminations.

Mais ce ne sont pas des simples mécontentements plus ou moins égocentriques qui nous alarment ou qui nous désespèrent, ce sont des constats profonds, fondamentaux, qui voient les infrastructures du pays se délabrer, nos fleurons économiques, énergétiques et industriels conquis par l’étranger, nos enseignants déprimés, notre personnel médical au bord de la rupture, notre justice démunie, notre police dépassée et notre armée … quelle armée ?

Au moins tout ce beau résultat ne vous coûte-t-il pas trop cher ? Mais non, ce serait oublier que nous vivons dans la patrie du surréalisme et donc dans un pays où les seules réalités restent la dette publique comme les ponctions fiscales, parafiscales et sociales qui battent tous les records mondiaux.

Devant un tel état de délabrement, on attendrait au minimum un peu de modestie de la part de dirigeants gênés et honteux, concentrés sur des tentatives de solutions désespérées. Mais non, nous devons subir journellement les ukases d’une oligarchie très satisfaite de ne s’entendre sur rien, mais qui joue avec les structures du pays et démantèle à plaisir nos institutions, en ajoutant à son absolue inconséquence, son mépris le plus cynique pour les attentes du peuple.

Nous sommes trop sévères ? Nous voyons tout en noir ?

Non ! Non, pas tout ! Ce n’est que le pays qui n’est plus géré.

Non, il reste les Belges qui sont, eux, des gens remarquables, grands travailleurs, de très bon niveau, généreux, ouverts et très heureusement pleins d’humour.

Le problème de la Belgique (qui n’est pas encore dans la misère !) est un problème de gouvernance où il faut remettre les choses en place.

Nous pensons qu’il faut retrouver d’urgence le sens des responsabilités à tous les niveaux.

Il faut réduire l’Etat à son noble et exigeant rôle d’arbitre.

Il faut réduire l’argent à son indispensable rôle de carburant, tout en arrêtant d’opposer le « marché » et le « social ». Le passage à une société plus adulte consiste, sans doute, non pas à juguler le marché, mais à accepter que les dimensions sociale, culturelle et philosophique  fassent partie du marché, afin de le libérer de l’argent roi.  Il faut libérer l’entreprise, le travail et l’école. Il faut restaurer la famille et lui rendre l’éducation.

Il faut aussi reconstruire nos institutions par le principe de subsidiarité au plus proche du citoyen. Citoyen qu’il faut consulter pour les choix déterminants, comme nous le permettent facilement les nouvelles technologies de la communication.

Pour mener de telles restaurations et redonner ainsi un  projet à la Belgique nous devrons évidemment remettre totalement en cause l’oligarchie particratique qui occupe aujourd’hui toute la place sans même pour autant tenir les rênes d’un pouvoir qui va à-vau-l’eau.

Tout ceci demande un combat de longue haleine et des moyens énormes. Bien entendu nous sommes décidés à l’un et nous manquons totalement des autres. Avis à tous ceux qui sont dans la situation inverse :-) !

(1) Rendez-vous à tous, absolument obligatoire, dimanche à 15h Place Royale !

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