CULTIVONS LE TRAVAIL, pas le chômage.

Des années de réflexion et d’expérience nous ont menés à ce constat :
en matière de travail, nous avons tout faux ou, plus exactement, notre organisation sociale a tout faux.
On nous parle d’emploi, de « demandeurs d’emploi », de « marché de l’emploi » et c’est une erreur, une erreur fondamentale. Il faut cesser de parler d’emploi.
Parler « d’emploi » à quelqu’un qui veut travailler, c’est comme parler « contrat de mariage » à quelqu’un qui cherche l’âme sœur. C’est faire tout ce qu’il faut pour le dégoûter et passer à côté de l’essentiel.
Celui qui est marqué au fer rouge (ben oui, rouge ! ) du « chercheur d’emploi » fait penser à un chasseur de trésor qui, ayant le trésor dans ses mains, continuerait à chercher le parchemin qui indique son emplacement.
Il n’existe pas de « marché de l’emploi » ni de « demandeurs d’emploi ». Réfléchissons deux secondes : qu’est-ce que c’est que l’emploi ?
Ce n’est pas une chose, ce n’est pas un bien, ça n’a pas d’existence matérielle.
L’emploi, c’est la vérification juridique et contractuelle d’une relation de travail.
Personne ne vit d’une « vérification juridique ou contractuelle », au contraire, ce n’est qu’une contrainte d’organisation qui ennuie profondément chacun
( à l’exception des parasites juridico-socio-administratifs qui en vivent ! ).
Ce qui compte, ce qui existe, ce qui a de la valeur, c’est le travail. Il n’existe que le marché du travail.

Vous pensez que nous jouons sur les mots ? Pas du tout. Il ne s’agit pas d’une nuance sémantique ; il s’agit purement et simplement de l’ordre des choses.

Chacun a en main une certaine capacité de travail, et cette capacité, la société en a le plus grand besoin. Sur le marché du travail c’est l’entreprise qui est demanderesse et le candidat qui offre son travail. La preuve en est que les entreprises vont payer fort cher des capacités de travail, avant même qu’elles ne soient opérationnelles.
Il est urgent de tuer le mythe de l’emploi vu par les esprits déformés comme un immense gâteau que distribuerait à son caprice un « deus ex machina » qu’ils appellent « patron ». Le travail, ce n’est pas une tarte qu’on partage. Le travail c’est une plante qu’on soigne, c’est une vigne qu’on cultive.
Le travail, c’est vivant.
Il n’existe aucune solution pour « créer de l’emploi » parce que le travail ça ne se décrète pas, ça se cultive. La seule et unique source du travail de l’un, c’est le travail de l’autre. La seule et unique manière de créer du travail, c’est… de travailler.
C’est le sens même dans lequel nous prenons actuellement le problème qui est erroné et la cause du chômage. Nous sommes responsables du chômage parce que tout est fait, dans notre société actuelle, pour l’organiser le mieux possible, alors que c’est le travail le plus productif possible, que nous devrions soigner aux petits oignons.
Dès qu’on regarde ainsi le problème du travail, en remettant la lorgnette dans le bon sens, on voit se dessiner les solutions.
1° On voit qu’un pouvoir public n’a pas à prendre l’argent de tous pour « créer de l’emploi » puisque ce qu’il croit gagner d’un côté, il le détruit inéluctablement de l’autre, pour la bonne raison que les vases de l’économie sont communicants. On voit que ce que doit faire le pouvoir public c’est favoriser l’entreprise et le travail productif qui seul, en se développant, créera le besoin de nouvelles capacités de travail. Pour cela, il ne faudra pas dessécher les sols de l’économie par des ponctions fiscales et parafiscales criminelles ou les étouffer sous des règlementations envahissantes, c’est évident.
2° On voit bien mieux où sont les responsabilités de chacun. En utilisant les capacités de travail de ses collaborateurs, de ses travailleurs, l’entreprise crée un lien vital avec des personnes, entre des personnes, et ce lien ne se limite pas à des clauses contractuelles du type « travail contre salaire » d’un côté et de l’autre « capital contre rendement ».
On voit que le capital, comme le bénéfice et comme le travail, sont des outils, chacun au service du projet de l’entreprise et non pas la seule fin de l’entreprise.
On voit que l’irresponsabilité, légalement organisée aujourd’hui, des propriétaires du capital par rapport à ce projet et à la vie des travailleurs, est tout aussi grave que l’irresponsabilité voulue des travailleurs par rapport aux rendements et à la propriété de l’entreprise.
3° On voit enfin (et surtout, serions nous tentés de dire), que le travail doit retrouver sa place première dans l’éducation et l’instruction des enfants. Il est parfaitement absurde d’éduquer les jeunes d’aujourd’hui en leur répétant qu’ils font ce qu’ils veulent et comme ils le sentent, sans les mettre devant leurs responsabilités.

Il est évident que le choix libre, tout au long de l’instruction, conduit à celui de la voie la moins ardue. Les critères de choix des jeunes laissés à eux-mêmes sont, et c’est bien naturel, dictés par : où vont les copains et les copines, quel est le prof le plus « cool » et aussi quel est l’horaire qui me convient le mieux.
Certains ajoutent à cette fausse liberté, l’invention du « droit à l’emploi » dans la formation choisie et justifient ainsi ensuite le « droit au chômage ». Une honte absolue.
Il ne s’agit évidemment pas de contraindre les jeunes dans leurs choix, il s’agit, comme en toutes choses, de les éclairer sur les réalités de la vie, des métiers et des conséquences de leurs choix. Il faut remettre d’urgence dans la tête de chaque jeune qu’il construit sa vie, qu’il doit bâtir un projet, son projet, qu’il a entre les mains une capacité de travail remarquable et que là où se croisent ses capacités, ses compétences, ses aspirations et ses goûts, à son niveau, il est véritablement le meilleur. Là est son projet et même son devoir.
Il faut enfin avoir l’honnêteté de lui dire que le chômage a été inventé pour les situations accidentelles et qu’il est inconciliable avec son projet, même et surtout s’il n’a jamais vu que ça autour de lui.

Face à la crise mondiale, au lieu de céder aux sirènes perverses du repli et de la décroissance, il faut rendre au marché toute sa capacité de sanction des responsabilités de tous. Il ne faut pas condamner le capitalisme, c’est lui qui nous a donné le bien être jamais connu auparavant, de notre civilisation. Mais il faut le remettre devant ses responsabilités : les propriétaires de l’entreprise en sont responsables dans toutes ses dimensions et ne peuvent se contenter d’en tirer un rendement maximum, et les travailleurs ont, par leur travail, un droit et un devoir de partager cette responsabilité.

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